CONGRÈS  
Cool and Comfort 72 – février 2017

ASERCOM mène une politique ouverte

Les 11 et 12 janvier, ASERCOM a organisé son congrès annuel à Bruxelles. Ce fut un mélange intéressant d’exposés et de débats. Bien entendu, son jubilé d’argent n’est pas passé inaperçu.

Lorsqu’il a repris en 2013 la présidence d’ASERCOM (Association of European Component Manufacturers), un des objectifs de Claude Blanc était de mieux faire connaître l’organisation, tant auprès des autorités qu’auprès de l’industrie, afin d’influer davantage sur la politique. Ce qui n’est pas un luxe superflu dans le cadre des ambitions de durabilité de la Commission européenne.

Ouverture

Après trois ans, Claude Blanc peut déjà présenter des résultats positifs. ASERCOM accueille tous les ans de nouveaux membres (l’an passé, c’était au tour d’UBF-ACA), et la Commission européenne reconnaît l’expertise de l’organisation. De plus, de nouvelles portes s’ouvrent grâce à la collaboration étroite avec d’autres organisations telles que EPEE (European Partnership for Energy and the Environment), AHRI (Air-Conditioning, Heating, and Refrigeration Institute) et CRAA (China Refrigeration and Air-Conditioning Industry Association).

Cette année, la conférence annuelle a fait une cure de jouvence. La réunion a été scindée en deux parties avec d’une part les réunions uniquement accessibles aux membres, et d’autre part un programme auquel des non-membres ont également été conviés pour découvrir les activités d’ASERCOM. À cette occasion l’attention s’est principalement portée sur la certification et la standardisation. Lors de l’édition précédente de Chillventa, il était surprenant de constater combien les exposants faisaient de leur mieux pour étayer la fiabilité et l’efficience énergétique de leurs systèmes de la certification ASERCOM.

Brexit

Le 25e anniversaire d’ASERCOM a été fêté la veille de la conférence. Des membres et des non-membres méritants ont été décorés et l’orateur invité, Russell Patten (CEO du bureau de communication Grayling Belgium), a médusé tous les participants lorsque, dans son exposé sur le Brexit, il a fait à propos de la France une déclaration qui n’est pas passée inaperçue.

« Le Royaume-Uni n’était pas un membre à part entière de l’Union européenne. Il a trop souvent dévié du cap tenu par l’Europe, il entretenait des liens privilégiés avec les États-Unis et était obstinément attaché à la livre britannique. Le résultat du référendum a surpris tout le monde, mais il ne nous place pas face à des problèmes insurmontables. Les institutions européennes se font plus de soucis à propos des élections présidentielles en France. Qui oserait encore prédire des résultats électoraux après 2016 ? Si elle est élue, Marine Le Pen du Front National a promis de tenir un référendum sur l’adhésion à l’UE. Si le peuple français devait opter pour la sortie de la France de l’UE, ce serait fini pour tout le monde. Car, contrairement au Royaume-Uni, la France joue, avec l’Allemagne, un rôle de leader. Qui voudra rester dans une UE dominée par un seul pays ? »

« L’harmonisation de la législation est une de nos principales préoccupations. »

Davide Polverini, Commission européenne

Harmonisation

Lors de la conférence, l’attention s’est principalement portée sur la table ronde de sept acteurs importants du secteur HVACR. Ceux-ci ont exprimé librement leurs opinions, ce qui a donné lieu à des débats animés. Davide Polverini est responsable au sein de la Commission européenne de la directive Ecodesign 2009/125/EC : « L’harmonisation de la législation est une de nos principales préoccupations. Nous sommes bien conscients du fait qu’il y a de plus en plus de règles sur le marché HVACR, tant directes, telles que dans le domaine de l’efficience énergétique et de la durabilité, qu’indirectes, dans les directives relatives à la santé et à la sécurité. »

Mais l’Europe n’exagère-t-elle pas avec les règles ? Thomas Novak (EHPA) estime que oui. « J’en appelle à l’UE de ne s’occuper que des grands thèmes tels que les économies d’énergie, les gaz à effet de serre et les sources d’énergie durables. Ayez confiance dans l’industrie. Les fabricants de pompes à chaleur savent très bien ce qu’ils font, et les nombreuses obligations constituent un obstacle plutôt qu’un stimulant. »

« L’Europe ne sauvera pas la terre, le reste du monde doit suivre. »

Didier Coulomb, International Institute of Refrigeration

La Région Europe

Didier Coulomb, directeur de l’International Institute of Refrigeration, éprouve également un sentiment mitigé face à la politique européenne, mais il voit surtout les avantages à long terme. « L’énergie et l’environnement sont des compétences régionales dans lesquelles je vois l’Europe comme une région, à l’instar des États-Unis, de la Chine et de la Russie. La législation européenne impose des règles sévères à notre industrie, ce qui, à court terme, se traduit par une diminution du chiffre d’affaires, mais à moyen terme, par une avancée technologique. L’Europe est responsable d’environ 10% des émissions de gaz à effet de serre. Nous ne sauverons pas seuls la terre, les autres régions doivent suivre. »

Stephen Yurek de la fédération américaine AHRI a pointé l’incertitude de l’avenir. « Nous sommes coincés entre deux chaises. Obama s’est préoccupé de l’environnement, même contre la volonté du Congrès. Trump joue résolument la carte de l’industrie. Quelle sera finalement la direction prise ? Les États-Unis tiendront-ils leurs engagements ? Mais il y a un deuxième problème. Chaque état est libre de faire ce qui lui plaît. La Californie adopte la législation européenne, mais les autres états n’hésitent pas à brûler du charbon ou à gaspiller l’énergie. »

« Nous ne parvenons pas à contrôler les fuites dans les grandes installations frigorifiques. »

François Heyndrickx, Import Consulting Export

La formation

Revenons à l’Europe. François Heyndrickx a son propre bureau de consultance et effectue régulièrement des études de marché. Il a constaté dernièrement un fait alarmant : nous ne parvenons pas à contrôler des fuites dans les centrales de réfrigération. Il semble également que, proportionnellement, il y a plus de fuites dans les grandes centrales que dans les petites. « La raison en est évidente : les petites centrales sont assemblées à l’usine ou à l’atelier ; pour les grandes centrales cela se fait sur chantier. Et c’est là où le bât blesse. »

C’est une attaque des installateurs que Wolfgang Zaremski, président de la fédération allemande Verband Deutscher Kälte-Klima-Fachbetriebe, ne pouvait pas laisser passer. « En Allemagne, 1,1 millions de systèmes frigorifiques ont été installés, dont à peine 10% dans les supermarchés. Ce qui signifie que les 90% restants sont le résultat d’un travail sur mesure. Il ne faut pas sous-estimer le professionnalisme de nos installateurs, ils savent très bien ce qu’ils font. Mais nous ne nions pas que l’on peut mieux faire en termes de formation et de recyclage ; mais cela ne concerne pas seulement l’Allemagne. »

Par Rudy Gunst

www.asercom.org