CONGRÈS
Cool and Comfort 72 – février 2017
Congrès Eureka d’EPEE et EVIA : le climat intérieur devient plus important que les économies d’énergie
Les organisations sectorielles EPEE (refroidissement, climatisation et pompes à chaleur) et EVIA (ventilation) ont uni leurs efforts pour organiser une conférence, sous le nom d’Eureka 2016. Le thème central était le suivant : quelles sont les techniques nécessaires pour pouvoir offrir un confort durable aux générations futures, les générations dites « Z » et « alfa » ? Plus de 150 participants de divers horizons (industrie, autorités, instituts de compétence…) se sont rendus à La Haye pour échanger leurs visions à ce sujet.
Cette conférence devait permettre aux deux associations d’aboutir à un texte sur les techniques qui se révéleraient nécessaires aux prochaines générations, et ce dans le but d’apporter leur contribution à la politique énergétique. Cela bouge en effet pas mal sur le plan international. Il y a ainsi eu les accords de Paris qui doivent enrayer le réchauffement climatique. Puis, plus récemment, on a eu les accords de Kigali visant à limiter les émissions de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale. Ces deux initiatives sont importantes pour l’industrie européenne de la PAC et du froid. Cette dernière est en effet leader sur le plan mondial dans les applications recourant à des réfrigérants à bas GWP. Une politique globale destinée à réduire les émissions de gaz à effet de serre est donc également susceptible de créer des opportunités pour les entreprises européennes.
Le parent pauvre du secteur énergétique
Beaucoup d’autres choses sont en outre en préparation au sein de l’Europe : l’UE a en effet donné une vision de l’économie décarbonisée avec son « winter package ». La révision de l’EPDB en constitue une partie centrale. Les organisations EPEE et EVIA sont dans ce contexte convaincues que leurs secteurs respectifs pourront fournir une contribution à la réalisation de la politique européenne. Le secteur HVACR était de fait jusqu’à présent un peu le parent pauvre de la politique européenne. Le plus gros de l’attention se portant sur des secteurs plus médiatiques, comme le transport, l’électricité ou l’aviation. L’HVACR joue toutefois un rôle crucial, non seulement dans la transition énergétique, mais aussi dans le bien-être de la population. Il est donc plus que temps que le secteur revendique sa place dans le débat.
Attention accordée au climat intérieur
La conférence a été ouverte par Jürgen Göller et Joan Miro Ramos, les présidents respectifs d’EPEE et EVIA. Biagio Lamana (centre de compétence de Carel) et Erwin Mulders (ministère néerlandais de l’infrastructure et de l’environnement) ont ensuite résumé les défis de la politique climatique. La conférence fut alors divisée en deux sessions parallèles. L’une des deux sessions était axée sur la technique frigorifique et s’est concentrée sur les chaînes du froid, avec une attention toute particulière sur l’impact de la réglementation F-Gaz et la réduction du gaspillage alimentaire. Quant à l’autre session, elle concernait les bâtiments et le climat intérieur. Nous allons revenir plus en profondeur sur cette dernière.
Un premier panel d’experts a donné un aperçu de la problématique du climat intérieur. La conclusion générale était en tout cas que la politique accordait trop peu d’importance au concept de climat intérieur sain. Les exigences qui sont imposées aux bâtiments sont uniquement axées sur les économies d’énergie et négligent des aspects comme la qualité de l’air intérieur. Il est paradoxal qu’il y ait toutes sortes de normes et d’exigences pour la qualité de l’air extérieur, mais qu’on s’intéresse peu au cas de l’air intérieur, bien qu’on passe une grande partie de notre vie dans les bâtiments.
Nous ne devons pas perdre de vue le but final d’un bâtiment : il sert avant tout à créer un climat intérieur agréable pour les utilisateurs, et non à économiser de l’énergie. Ce climat intérieur doit naturellement être réalisé de la manière la plus efficace possible, mais nous ne devons pas nous focaliser uniquement sur la seule économie d’énergie. Sinon, mieux vaut bâtir des bâtiments sans aucun équipement technique ou éclairage. Plus les bâtiments deviennent éco-énergétiques, plus nous allons devoir accorder de l’attention aux aspects relatifs à la santé plutôt qu’à ceux concernant les économies d’énergie. Le climat intérieur ne doit pas pâtir des performances énergétiques.
Une action ambitieuse est nécessaire
Le deuxième panel d’orateurs s’est penché sur la manière dont nous pouvions construire des bâtiments plus éco-énergétiques. L’accent fut à cette occasion mis sur la modernisation du bâti existant. Là est la clef de la décarbonisation du secteur HVAC. De toutes parts, on réclame une action audacieuse de la part de l’UE, si on tient à atteindre l’objectif d’un parc de bâtiments neutres en CO2 d’ici 2050. La révision de l’EPDB constitue ici un point crucial. La Commission Européenne insiste sur le fait qu’il s’agit plus d’une optimalisation que d’une révision complète de l’EPDB. La salle a par ailleurs critiqué l’exécution de la directive actuelle. On s’est ainsi préoccupé de la proposition visant à remplacer les contrôles par l’installation d’un système de gestion de bâtiments. L’EPDB apparaît de plus parfois dans la pratique comme un frein à l’arrivée de techniques innovantes, dans la mesure où celles-ci sont insuffisamment valorisées dans les diverses méthodes de calcul nationales.
Les techniques du futur
La conférence devint ensuite interactive après le lunch. Les participants furent répartis en petits groupes, afin de donner à chaque fois une vision spécifique des techniques du futur. Les idées furent alors récoltées et résumées au cours de la réunion plénière. Sur base de cette contribution, EVEE et EVIA devront rédiger un texte qui doit être publié au début de cette année. Quelques éléments parmi la grande diversité de propositions furent mis en évidence. Étant donné que les nouvelles générations sont plus mobiles et attachent moins d’intérêt à la propriété, le secteur doit passer de la vente de produits à l’offre de services. L’offre doit aussi s’adapter à l’économie circulaire. La facilité d’utilisation devient enfin de plus en plus importante. Les entreprises doivent aussi devenir plus transparentes au sujet de leurs valeurs fondamentales. La nouvelle génération voudra en effet se montrer plus consciencieuse dans ses pratiques d’achat.
Le dernier mot fut pour Dina Koepke d’Emerson Climate Technologies. Elle perçoit la réduction des gaz fluorés comme une évolution importante, et espère que la nouvelle génération de réfrigérants à bas GWP constituera l’étape finale. L’expertise de l’industrie européenne dans ces réfrigérants doit permettre au secteur d’aider d’autres parties du monde à passer le cap des HFC et à s’orienter directement vers les réfrigérants à bas GWP. En ce qui concerne les nouveaux produits, ils doivent avant tout être d’une utilisation aisée et offrir un avantage clair à l’utilisateur.
Par Alex Baumans
Photos : EVIA et EPEE





