CONGRÈS
Cool and Comfort 80 – février 2019
L’association ASERCOM axée sur l’installateur
Le 25 janvier 2019, ASERCOM a organisé à Bruxelles son assemblée générale annuelle. Celle-ci s’est déroulée selon le canevas traditionnel, avec un aperçu des activités et des plans à moyen et long terme, ainsi qu’avec un débat entre des orateurs et le public. En dépit du fait que les sujets étaient les mêmes que l’an passé, le programme comportait des différences notables. Deux thèmes sont ressortis : l’industrie HVACR a franchi de grandes étapes dans l’exécution de la législation F-Gaz, et on a souligné le rôle majeur de l’installateur dans le renforcement de la durabilité du secteur.
ASERCOM (Association of European Refrigeration Component Manufacturers) occupe une position spéciale dans le secteur de la technique frigorifique. Parmi les membres, on trouve aussi bien des fabricants que des distributeurs et des fédérations professionnelles (UBF-ACA). Bien que les visions et les intérêts des membres sont susceptibles de fortement fortement, l’association a pour but que tout le monde travaille dans la même direction, afin de rendre la technique frigorifique durable et d’en accroître l’efficacité énergétique. Mais en ce qui concerne cette dernière –le rendement des installations frigorifiques-, le silence fut assourdissant dans les différentes présentations. Ceci n’est guère étonnant, quand on sait que l’an dernier, au cours de Chillventa, le salon professionnel HVAC-R le plus important d’Europe, le GWP fut placé sous les feux de la rampe au détriment du rendement. La raison à cela est claire : avec la technologie disponible, il n’est pas toujours possible d’optimaliser aussi bien le GWP que l’efficacité énergétique ; et avec la législation F-Gaz comme épée de Damoclès au-dessus du secteur, le secteur doit abaisser le GWP suivant une chronologie bien précise.
Total Equivalent Warming Impact
« Concevoir une installation frigorifique pour un réfrigérant à bas GWP est plus rapidement dit que fait », explique Regis Leportier, président de Technology Committee d’ASERCOM. « Tout commence avec le compresseur – l’expertise en la matière se situe dans l’ADN d’ASERCOM – mais les autres composants doivent aussi être adaptés. La loi est la loi, et le GWP est le GWP, mais nous aurions préféré une approche plus large, avec comme base le TEWI ou Total Equivalent Warming Impact. Là, vous prenez également en compte la consommation d’énergie, ce qui n’est pas le cas actuellement. Cela devrait fournir une image plus réaliste des performances d’une installation HVAC-R. Et que dire de la sécurité, si vous construisez votre installation frigorifique avec des pressions frigorifiques plus élevées et un réfrigérant inflammable ou toxique ? Le fabricant doit également veiller à ce que tous les composants de l’installation conviennent au réfrigérant choisi. Un processus de sélection complexe auquel ASERCOM apporte son aide en publiant des directives et en définissant des composants certifiés. »
Les augmentations de prix explosives des fluides frigorigènes classiques semblent se ralentir depuis la fin 2018. Bonne nouvelle pour le secteur –tout le monde s’en réjouit-, mais chez ASERCOM, on se pose la question : pourquoi ? À l’origine, on accusait les producteurs de fluides frigorigènes d’augmenter artificiellement les prix en créant eux-mêmes de la rareté, mais qu’est-ce qui explique la tendance actuelle ? « Je pense que la réponse se compose d’une combinaison de facteurs », ajoute Dina Koepke (WG Communication). « La demande de fluides frigorigènes classiques baisse pour plusieurs raisons. Tout d’abord le choix de réfrigérants alternatifs pour les nouvelles installations et une mise à niveau pour les installations existantes. Les nouvelles installations sont conçues avec un contenu en fluide frigorigène aussi faible que possible. Les contrôles de fuite périodiques jouent probablement également un rôle. Ou alors le jeu de l’offre et de la demande donne-t-il lieu à un commerce illégal ? »
« En Dieu nous croyons, tous les autres doivent fournir des données », s’esclaffe Julien Plaffl, président du Certification Committee d’ASERCOM. « Pour concevoir une installation fiable et sûre, vous devez disposer de données certifiées sur les composants. Il s’agit de l’une des missions d’ASERCOM. Prenons par exemple le CO2. L’an passé, ASERCOM a certifié la première unité de condensation au CO2, et entretemps, également une cinquantaine de compresseurs au CO2. L’appel à des certifications résonne de plus en plus fort, et nous sommes conscients de devoir passer à la vitesse supérieure pour munir le marché du froid de données fiables. »
Sécurité
Christian Ellwein en appelle depuis quelques années à accorder plus d’attention à la cybersécurité. Sur l’Internet, il y a de plus en plus de logiciels disponibles gratuitement pour les personnes malhonnêtes, leur permettant de reprendre le contrôle des appareils à distance. « Avec l’ASERCOM Guideline Cybersecurity, nous conseillons d’appliquer quelques mesures de sécurité permettant de réduire le danger de manière significative, mais sans l’exclure totalement. Le facteur humain est à ce titre trop grand. Cela commence avec une gestion sérieuse des mots de passe et des compétences. Règle 1 : bloquer tous les accès en ligne dès qu’un collaborateur quitte l’entreprise. À quoi cela sert-il d’appliquer toutes les mesures de sécurité si, dans le même temps, vous donnez toutes les clés d’accès ? »
Ceci n’est pas de la science-fiction : l’an passé, aux Pays-Bas, un ex-collaborateur de Nijmeijer Koeltechniek (Hoogeveen) a réussi depuis son domicile en Norvège, à s’introduire dans le système informatique de l’entreprise de technique frigorifique et avoir ainsi accès aux groupes frigorifiques des clients. En adaptant certains réglages –modification des températures de consigne, dégivrage d’installations gelées- différents clients ont été atteints. Motivation : la vengeance. Il a pu être localisé via son adresse IP, et le juge l’a condamné à quatre mois d’emprisonnement.
Durant l’assemblée annuelle, le monde de l’installation a également eu droit à la parole, ce qui fut traduit avec verve par Udo van der Meer. « La transition des fluides frigorigènes est un défi sans précédent pour notre secteur. Ce qui va désormais se passer, sera beaucoup plus complexe que tout ce que nous avons connu entre R12 et aujourd’hui. Le froid commercial reste un souci majeur pour lequel nous sommes toujours en quête d’une solution globale et simple. »
Mais Udo van der Mer pointe aussi du doigt un autre problème pratique : « Aux Pays-Bas et en Belgique, il existe encore beaucoup d’entreprises d’installation individuelles, et je suis convaincu que cela vaut également pour la plupart des pays européens. Du fait que divers nouveaux réfrigérants sont inflammables et/ou toxiques, le niveau de service a été relevé ; et la disponibilité 24/7 est devenue la norme. Comment les installateurs doivent-ils résoudre cela ? Doit-on dès lors s’étonner que ces derniers s’en tiennent aux fluides frigorigènes classiques dont ils maîtrisent totalement la technologie ? »
Rainer Grosse-Kracht, président d’ASERCOM : « N’oublions pas que l’installateur constitue le dernier maillon d’une longue chaîne qui se termine avec l’utilisateur final. C’est l’installateur qui doit venir avec des arguments pour convaincre l’utilisateur final de placer une installation durable, certes plus chère, mais avec une perspective d’avenir. Ce sont eux qui doivent amener nos évolutions sur le marché, et pour cela, ils méritent notre soutien et notre collaboration ».
Par Rudy Gunst
“En Dieu nous croyons, tous les autres doivent fournir des données.”


