CONGRÈS  
Cool and Comfort 90 – septembre 2021

La réfrigération ne connaît pas de frontières

19e European Conference

En 2019, plus de 300 participants se sont pressés dans l’auditorium de l’Université Polytechnique de Milan. Cette année, par contre, les participants ont été contraints de suivre à la maison les présentations de la 19e European Conference du Centro Studi Galileo qui s’est déroulée les 10 et 11 juin derniers. Constat notable: l’événement virtuel a attiré beaucoup moins de participants que l’ événement physique, malgré le fait que l’approche de la conférence, avec un vaste éventail de sujets relatifs à la technique du froid et de la climatisation, était quasiment la même qu’en 2019. Tous ceux qui pensaient l’an passé que les salons et congrès virtuels deviendraient la norme en sont aujourd’hui pour leurs frais. Partager de l’information via Zoom ou Teams fonctionne encore assez bien, mais le réseautage, les Q&A et surtout la convivialité disparaissent du tableau. Le désir exprimé ou non d’un retour à la normale fut omniprésent durant cette 19e European Conference.

« What’s in a name ? ». Si l’organisation de la European Conference on the Latest Technologies in Refrigeration and Air Conditioning était autrefois exclusivement dans les mains du Centro Studi Galileo, et avait comme langue véhiculaire l’italien, cette conférence a, depuis la 1re édition il y a 40 ans, évolué en un événement mondial, avec comme plusieurs co-organisateurs : UNEP (United Nations Environment Programme), IIF-IIR (International Institute of Refrigeration), AREA (Air conditioning and Refrigeration European Association), ATF (Italian Association of RAC Technicians) et REI (Renewable Energy Institute). Moment particulier durant la conférence : la signature d’un Memorandum of Understanding, qui donna naissance à une collaboration étroite entre AREA et U-3ARC (Union of Associations of African Actors in Refrigeration and Air Conditioning). Concrètement, cela se traduit –entre autres- par le lancement d’une programme d’échange, avec un accent mis sur la formation et le transfert de connaissances, ainsi que par une aide aux partenaires HVACR africains dans l’élaboration de leur propre marché.

Cinq sessions

La conférence fut répartie en cinq séances, avec à chaque fois une thématique spécifique et des orateurs apportant tous un éclairage sur des aspects totalement différents. Nous vous résumons ici les principales conclusions de ces cinq sessions.

La première session traite traditionnellement de technologie, d’installations et de composants. L’énergie renouvelable est un facteur moteur dans la décarbonation et le développement continu du solaire thermique, des panneaux solaires PV et des pompes à chaleur. De nombreux composants sont déjà disponibles pour une utilisation avec les fluides réfrigérants émergeants (CO2, ammoniaque, HFO), mais le chemin est encore long ; l’évolution des composants et accessoires ne peut pas s’arrêter. Au contraire, durant les séances de questions, le marché a exprimé le besoin d’un éventail plus grand de choix. Le R290 (propane) prend le dessus dans les applications de climatisation selon les standards EN378, surtout en installation extérieure, car au-dessus d’un kilo, l’usage de propane est interdit dans les espaces intérieurs. De plus en plus d’utilisateurs finaux exigent ce réfrigérant dont le GWP est de 3. L’aspect sécurité bénéficie d’une attention accrue lors de la sélection des composants. Il en va de même pour l’Iot et le service à distance, et la pandémie n’a fait qu’accélérer ce processus.

La deuxième session est revenue sur la réglementation F-Gaz et les fluides frigorigènes. Il apparaît ici que les réfrigérants naturels n’ont pas encore convaincu tout le monde, et ce alors que le CO2 devient la norme dans les supermarchés et le propane dans les applications commerciales. Ce scepticisme est alimenté par des résultats décevants en termes d’efficacité énergétique et de consommation d’énergie, dans les tests comparatifs avec des réfrigérants synthétiques. Pour les unités de traitement d’air, par exemple, il semble qu’on ne recourra pas encore à court et moyen termes aux réfrigérants naturels.

Commerce illégal

Le commerce illégal de réfrigérants continue de perturber le marché de différentes manières. Fionna Walravens, responsable de campagne chez EIA (Environmental Investigation Agency), n’a pas laissé passer l’occasion de conscientiser l’ensemble du secteur du froid sur l’impact de ce commerce illégal. « Il y a tout d’abord le climat. Les réfrigérants illégaux donnent un mauvais aperçu des émissions réelles, lesquelles sont bien plus importantes que ce qui est officiellement déclaré. En (sur)approvisionnant le marché avec des gaz illégaux, la motivation de passer à des réfrigérants écologiques est étouffée dans l’œuf. Le commerce illégal fausse aussi le jeu de la concurrence pour les grossistes et le importateurs qui respectent les règles. Les pouvoirs publics souffrent également d’un manque à gagner par la non perception de taxes diverses, notamment à l’importation. Le commerce illégal entraîne enfin aussi une charge de travail supplémentaire (contrôles douaniers à la frontière et sur le transport). Et l’on ne parle pas des questions de sécurité, de garantie de qualité et de responsabilité. Les seuls bénéficiaires se trouvent ici dans le milieu criminel…

La réfrigération écologique et l’efficacité énergétique furent les sujet de la 3e session. Exprimer le rendement d’une installation avec un Integrated System Performance au lieu du classique COP constitue une étape importante dans l’obtention d’une image globale. Des appareils obsolètes ou inefficaces ne peuvent plus, dans ce cadre, être réutilisés. Les PAC joueront un rôle prépondérant dans la décarbonation.

La législation et la certification sont de sujets qui peuvent sembler ennuyeux, mais dans la 4e session, des orateurs enthousiastes ont rendu ces thématiques passionnantes et surprenantes. Stephan Yerek (CEO d’AHRI) a ainsi noté que la pandémie a conduit à l’arrêt de l’exode des campagnes vers les grandes villes ; il semble que ce soit même l’inverse. Cela peut avoir un impact sur les besoins HVACR. D’autres orateurs exigent des contrôles de fuite obligatoires pour tous les fluides frigorigènes, pas uniquement pour des considérations de sécurité et climatologique, mais aussi pour des raisons d’efficacité énergétique.

Le thème central de la dernière session était la chaîne du froid. L’aspect ‘santé’ est revenu dans chaque présentation, avec les renvois appropriés au rôle important joué par le transport et le stockage à température contrôlée dans la campagne de vaccination mondiale. On prévoit que les ressources supplémentaires qui ont été développées et mises en service aujourd’hui, démontrent encore leur utilité dans les années à venir, au cas où d’autres campagnes de vaccination se révéleraient nécessaires.

Par Rudy Gunst

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