CONGRÈS
Cool and Comfort 93 – mai 2022
25e GCCA European Cold Chain Conference
Avec une année de retard, la chaîne du froid s’est rassemblée du 23 au 25 mars 2022 à Rotterdam, pour la 25e European Cold Chain Conference. Cette édition peut être qualifiée de succès, en termes non seulement d’affluence (152 participants) mais aussi de contenu. Jamais auparavant, la chaîne du froid n’avait en effet été autant en première ligne que durant la pandémie. Et il ne faut pas non plus oublier la guerre en Ukraine qui déstabilise également les opérations logistiques.
Pour Julie Hanson, European Director GCCA, la chaîne du froid sort d’une période difficile qui a eu des répercussions tant au niveau privé que professionnel. « Le Covid-19, le porte-conteneurs Ever Given qui a bloqué le Canal de Suez, et maintenant la guerre en Ukraine. La logistique est monotone ? Je ne le pense pas. Et elle ne l’est certainement pas pour les acteurs –stockage, construction, transport- qui jouent un rôle dans la chaîne du froid. Le GCCA peut être qualifié de porte-parole du secteur. Avec plus de 1.500 membres –dont la moitié provenant des USA- issus de 92 pays, nous représentons 719.000 mètres cubes de capacité de stockage réfrigéré. Les trois principaux pays sont les États-Unis, la Chine et l’Inde. »
« Du travail bien fait ! »
Matthew Ott, président & CEO de GCCA, est depuis presque deux ans à la tête de l’association professionnelle. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce ne fut pas une période évidente, mais cette dernière a aussi eu des effets positifs. « Nous sommes revenus dans un monde virtuel, mais nous sommes restés connectés. La numérisation des activités logistiques a soudainement été boostée. Mais il y a plus. Notre monde a changé en mars. Auparavant, nous étions un secteur invisible, mais toutefois indispensable. Nous acheminions des denrées alimentaires à travers le monde. Peu de consommateurs se posaient la question de savoir comment tout cela se passait. Et nous ne ressentions pas non plus le besoin d’expliquer cela à tout un chacun. Nous vivions en retrait et cela nous convenait. Mais soudainement tout a changé. Noter secteur a fait l’actualité. On s’est tourné vers nous pour livrer des vaccins à travers le monde. Nous avons parfaitement accompli cette tâche. Tout s’est déroulé selon les plans. Tout ce qui a été produit par le secteur pharmaceutique a été acheminé dans les centres de vaccination dans des conditions optimales. »
Mais à peine le secteur logistique a-t-il mené un combat à bien, qu’une autre épreuve est venue perturber son fonctionnement : la guerre en Ukraine. Cette dernière a non seulement une influence sur les lignes logistiques – on évite autant que possible les ports russes- mais aussi sur le coût de l’ énergie, qui flambe. Matthew Ott : « L’énergie a toujours représenté notre coût le plus important, mais aujourd’hui, c’est presque comme si elle était notre unique source de frais. Mais ici aussi je pense qu’il faut arrêter de se plaindre et qu’il faut considérer ces défis comme des opportunités. Nous savons depuis longtemps que nous devons nous passer des combustibles fossiles. Accélérons le processus. Essayons d’assurer le plus possible notre autonomie énergétique. Il existe beaucoup de possibilités en la matière. Tant les panneaux photovoltaïques que les forages géothermiques ou encore les sources de chaleur (canaux, océans, lac…) peuvent faire une différence fondamentale dans la transition vers la durabilité.
Niels Lundgaard-Svenstrup est président du GCCA European Logistics Council. Au sein de ce conseil, les membres apportent leur expérience, leur vision et leur influence afin de promouvoir la chaîne du froid, d’améliorer les services et les moyens de l’association, et de faire progresser le secteur.
« Je suis heureux de collaborer avec ces dirigeants pour continuer à développer l’image et la situation de la chaîne du froid », ajoute Julie Hanson. « Les membres du GCCA European Logistics Council sont des leaders visionnaires avec de fortes ambitions pour le futur du secteur. Ils sont les porte-parole de l’industrie du froid en Europe. » En marge de la GCCA European Cold Chain Conference, le conseil se réunit à huis-clos pour formuler ensuite quelques objectifs, en réponse au changement climatique : réduire l’empreinte carbone, se concentrer sur les conditions de travail et de santé sur le lieu de travail, développer des talents et collecter des données relatives au marché.
Réduction des émissions de CO2
Danny Levenswaard, Director Breakbulk Port of Rotterdam, estime que Rotterdam est effectivement un choix logique pour le rendez-vous européen annuel de la Global Cold Chain Alliance. « Rotterdam est le cœur de la chaîne du froid européenne, et par extension de la chaîne logistique. Le port de Rotterdam a traité en 2021 exactement autant de biens qu’en 2019, avant la pandémie. Le transbordement total a augmenté de 7,3% par rapport à 2020. Point culminant : le nombre de containers transbordés a atteint le chiffre record de 15,3 millions d’EVP. L’entreprise portuaire investit dans l’infrastructure numérique afin de rendre les chaînes logistiques qui passent par Rotterdam encore plus efficaces et durables. Quelques exemples : les outils numériques de planification Routescanner et Nextlogic, ainsi que le service blockchain Qay Connect introduit en 2021 qui a permis d’améliorer l’efficacité des exportations vers le Royaume Uni.
Les projets menés dans le cadre de la transition énergétique correspondent à une réduction de 23 millions de tonnes de CO2. Soit 35% de l’objectif néerlandais total de réduction des émissions de CO2 pour 2030. L’entreprise portuaire travaille en outre avec différents partenaires à l’importation d’hydrogène, notamment pour l’industrie à Rotterdam. Le but est d’importer de 1 à 2 millions de tonnes d’hydrogène d’ici 2030 ; ce qui induirait une réduction des émissions de CO2 de 10 à 20 millions de tonnes supplémentaires.
« Au cours des années précédentes, on a été confrontés à un nombre exceptionnel de perturbations dans les flux logistiques », explique Danny Levenswaard. « Vous pensez peut-être que c’est inhérent à notre métier. D’accord, mais la chaîne du froid est toutefois une toute autre histoire. Tous les maillons de la chaîne sont imbriqués les uns dans les autres ; et chaque anomalie entraine un effet domino. Tout le monde connaît les trois scénarios catastrophe auxquels notre secteur a été confronté ces dernières années. La pandémie a ralenti l’activité industrielle, et il en a soudainement résulté des bateaux à moitié vide sur les routes maritimes ; le blocage du Canal de Suez a entraîné une saturation des installations d’entreposage ; et la guerre en Ukraine a poussé les armateurs à modifier leurs trajets et à trouver de nouveaux ports. Mais tout comme Matthew Ott, j’affirme que ces défis constituent des opportunités qui doivent nous permettre d’améliorer l’efficacité de nos processus. »
Par Rudy Gunst





