CONGRÈS
Cool and Comfort 71 – novembre 2016
Heat Pump Panel : Quels sont les obstacles à vaincre par les pompes à chaleur ?
À Bruxelles, le 22 septembre dernier, l’EHPA (European Heat Pump Association) a organisé une journée de discussion concernant les problèmes sur lesquels butent les pompes à chaleur pour agrandir leur part de marché. Trouver une réponse à cette limitation pourrait signifier un grand pas en avant. Qu’une quarantaine de professionnels européens aient participé aux discussions peut signifier qu’il règne un sentiment de frustration sur le marché parce que la progression est plus lente qu’espérée.
Le Renewable Energy House situé dans le quartier européen de Bruxelles est le siège principal de 17 organisations européennes qui s’efforcent de promouvoir le principe de 100% d’énergie renouvelable pour le chauffage, le refroidissement et l’électricité. Ce n’est pas par hasard que les bureaux sont hébergés dans un immeuble monumental, classé en outre, car c’est précisément dans ce type de bâtiments anciens que l’on peut réaliser les plus grandes économies d’énergie.
Des obstacles répertoriés dans cinq domaines
Le président de la journée, Dave Pearson de Star Refrigeration, a d’emblée distribué papier et de quoi écrire aux participants avec l’intention de faire une réunion interactive. Chacun a été convié à mettre sur papier ses idées ou libres pensées ayant trait au thème de la journée, et à les afficher. Au départ, il y avait quatre domaines : facteurs politiques, commerciaux, écologiques et humains. Bien vite il est apparu qu’il fallait y ajouter un cinquième : la technologie.
Il a fallu un certain temps avant que le premier papier ne soit affiché au mur, mais très vite, tout s’est accéléré et en un minimum de temps l’on comptait 100 papiers. C’est alors que Dave Pearson a proposé un grand défi : « Mettre de l’ordre dans la jungle des idées et la transformer en un jardin anglais où il fait bon se promener et où les chemins mènent presqu’automatiquement du problème à la solution. » Il en est résulté des discussions très animées, par exemple sur le thème des gaz F.
Diminuer les coûts
Certains liens entre problème et solution étaient très logiques. Notamment, le manque de confiance dans la technologie des pompes à chaleur tout autant dans le chef de l’installateur que dans celui de l’utilisateur final, ne peut être vaincu qu’en organisant à grande échelle des séances d’information et de formation. De même, tout le monde était d’accord sur le fait que tant les CAPEX (coûts d’investissement) que les OPEX (coûts opérationnels) des pompes à chaleur doivent baisser pour que, du point de vue financier, les pompes à chaleur puissent elles aussi entrer en concurrence avec les systèmes classiques (fossiles) de chauffage. Par contre il y avait moins d’unanimité sur la manière de procéder. Augmenter les accises sur les combustibles fossiles pour que l’utilisateur final se tourne presque automatiquement vers les pompes à chaleur ? Rendre meilleur marché les composants des pompes pour que le produit final soit moins cher ? Accorder des subsides plus élevés aux systèmes durables pour que les états membres de l’UE fassent un grand pas en avant dans la réalisation des objectifs écologiques ambitieux ? Ou y a-t-il trop de partis impliqués qui, prenant chacun leur marge, rendent le produit final trop cher ?
Un participant a posé la question de savoir, qu’en est-il de la responsabilité lorsqu’une pompe à chaleur n’atteint pas les rendements promis. Et là un trait d’humour a fait le lien avec le secteur automobile. Le consommateur achète une pompe à chaleur parce qu’on lui promet qu’elle est durable et économe en énergie. On l’assomme avec des termes tels que COP et SFP. Mais quid, si la facture d’énergie est plus élevée et donc que le RSI est moins favorable. Qui est en mesure d’intervenir auprès du consommateur pour adapter sa facture d’énergie, et ce, même dans le cas où la pompe à chaleur ne présente aucun défaut et que l’installation s’est faite dans les règles de l’art ?
Brexit
Un participant britannique a soulevé le problème du « populisme national ». Il n’en fallait pas plus pour mettre sur table les conséquences du Brexit sur le marché des pompes à chaleur au Royaume-Uni. Ce sera d’ailleurs un sujet intéressant à suivre, car comment le marché des pompes à chaleur évoluera-t-il maintenant que les obligations européennes s’estompent et que le gouvernement britannique peut fixer de manière autonome ses objectifs écologiques ? Ou faut-il plutôt parler d’une levée des contraintes européennes, de sorte que l’économie britannique, toute liberté retrouvée, puisse créer des opportunités capables de redonner vigueur au marché des pompes à chaleur ?
Dans les années à venir, l’évolution du marché des pompes à chaleur au Royaume-Uni par rapport à celle des états membres de l’UE sera suivie avec beaucoup d’attention par diverses parties.
Les participants au Heat Pump Panel sont convaincus que le marché des pompes à chaleur en Europe est voué à un bel avenir à condition que les bonnes décisions soient prises et que les obstacles soient vaincus. Le succès est garanti sur les plans technologique et commercial, mais il sera plus difficile de convaincre l’utilisateur final de faire le choix, en pleine conscience, de la pompe à chaleur, sans qu’il y soit obligé. Comment peut-on insuffler au consommateur la confiance dans une technologie difficile à comprendre ? On peut toucher ou sentir le gaz, le charbon, le mazout, les pellets. Le consommateur peut se représenter parfaitement ce qui se passe dans une installation de chauffage : brûler et donner de la chaleur. Dans le cas de la pompe à chaleur, c’est plus difficile, et ce d’autant plus quand on aborde le stockage de l’énergie dans le sol ou l’extraction de la chaleur de l’air extérieur à des températures de gel. Comment convaincre un Bulgare, un Letton ou un Slovène d’abandonner son poêle à charbon et de s’engager dans l’histoire de l’énergie durable qui protège l’environnement et assure l’avenir des générations futures ? C’est un défi incroyablement difficile pour les institutions européennes.
Par Rudy Gunst
