REPORTAGE
Cool and Comfort 71 – novembre 2016
Réfrigérer en toute sécurité avec l’ammoniac
On le sait, l’UE veut réduire l’utilisation des gaz nocifs pour l’environnement. La règlementation des gaz F, à ce sujet, a un grand impact sur l’industrie de la réfrigération et du conditionnement de l’air, parce qu’il faut développer des alternatives durables et économiques en remplacement des fluides frigorigènes à GWP élevé. Une des alternatives est l’ammoniac. Engie Axima Belgique conçoit, construit, installe et entretient des systèmes frigorifiques, et bénéficie d’une expertise de plus de 50 ans dans les installations frigorifiques fonctionnant à l’ammoniac. Ci-dessous, un entretien avec Dirk Hermans, département solutions durables en réfrigération et congélation chez Engie Axima.
Quels sont les avantages de l’ammoniac en tant que fluide frigorigène ?
Dirk Hermans : « L’ammoniac (NH3) est un des rares fluides frigorigènes ayant un effet neutre sur le climat. Affichant un ODP et GWP de zéro, il ne détruit pas la couche d’ozone, et n’a pas d’influence sur l’effet de serre. Il présente encore d’autres avantages, dont le faible prix, la grande disponibilité et la puissance élevée de refroidissement. En outre l’ammoniac (R717) est déjà utilisé depuis 125 ans comme fluide frigorigène. »
Où utilise-t-on aujourd’hui le plus l’ammoniac ?
Dirk Hermans : « Les installations frigorifiques utilisant l’ammoniac sont très répandues, partout dans le monde. Elles sont utilisées dans le refroidissement industriel et commercial, par exemple dans les abattoirs, dans l’industrie chimique, dans les brasseries, dans les laiteries, dans les centres logistiques et dans les patinoires. Elles sont équipées soit d’un système direct, notamment dans l’évaporation directe (système de séparation et pompe) et d’une pompe pour le fluide frigorigène, soit d’un système indirect par l’intermédiaire d’un circuit secondaire avec échangeur de chaleur. L’ammoniac circule dans le circuit primaire, et de l’eau ou du glycol dans le circuit secondaire. »
« Affichant un ODP et GWP de zéro, l’ammoniac ne détruit pas la couche d’ozone, et n’a pas d’influence sur l’effet de serre. Ce fluide frigorigène présente en outre de nombreux autres avantages. »
Si l’ammoniac est tellement écologique et tellement bon marché, pourquoi ne l’utilise-t-on pas plus ?
Dirk Hermans : « Au-delà des nombreux avantages de l’ammoniac, il faut tenir compte du fait que le produit comporte certains risques. Par exemple, l’ammoniac est classé dans la catégorie 2 et présente un certain risque pour l’environnement immédiat en cas de fuite. C’est pourquoi la salle des machines, le lieu d’implantation et les équipements de sécurité pour systèmes à l’ammoniac doivent répondre aux prescriptions des autorités locales. De plus, ces systèmes ne peuvent être manipulés que par un personnel formé et expérimenté. La plupart des installations frigorifiques au NH3 requièrent donc un monitoring et des compétences spécifiques dans le chef des opérateurs. Il faut les tester selon des procédures strictes à chaque mise en service. Pour une exploitation correcte, il est important de disposer d’un bon dossier technique et opérationnel, avec tous les certificats, analyses des risques, dessins et calculs. Il faut également contrôler régulièrement l’installation ; le contrôle ne peut pas se faire par ses propres opérateurs, mais doit être soumissionné à des entreprises certifiées extérieures qui disposent de personnel spécialisé. Le contrôle comporte une détection de fuites, la vérification des vannes de sécurité, des détecteurs de gaz et des alarmes. C’est l’observance de cette stricte règlementation UE qui garantit un fonctionnement fiable et sur. »
« Le secteur du froid a travaillé pendant de nombreuses années afin de développer des machines à eau glacée qui combinent les avantages de l’ammoniac à la sécurité et à une efficience maximum. »
Y a-t-il encore d’autres points auxquels il faut faire attention ?
Dirk Hermans : « Il ne faut pas sous-estimer la manipulation de l’ammoniac. C’est la raison pour laquelle il y a des règles très claires pour la salle des machines où est implantée l’installation NH3. Ainsi, l’espace doit être fermé, et seul le personnel autorisé y a accès. Il faut en outre qu’il y ait des systèmes spécifiques de secours et de sécurité, y compris un éclairage de secours, une ventilation d’urgence, avec alimentation électrique indépendante et un arrêt d’urgence à distance. Importants également, la détection de gaz et les systèmes d’alarme avec les détecteurs appropriés ainsi qu’une alimentation de secours. »
Compte tenu de toutes ces mesures, a-t-on avantage à placer un système frigorifique au NH3 dans le cas où la puissance de refroidissement n’est pas élevée ?
Dirk Hermans : « Certainement ! Le secteur du froid a travaillé pendant des années afin de développer des machines à eau glacée qui combinent les avantages de l’ammoniac à la sécurité et à une efficience maximum. Historiquement, le NH3 a été utilisé principalement dans le refroidissement industriel. Depuis longtemps, Engie Axima propose aussi la possibilité d’appliquer cette technologie pour des puissances de refroidissement s’étalant de 50 à 250 kW. »
Et qu’en est-il des obligations de l’exploitant ?
Dirk Hermans : « Le concept de sécurité mis en œuvre par Engie tient compte de toutes les obligations. Ainsi, nous installons un système de détection de gaz dans le capot pour détecter la moindre fuite dans le circuit. Ceci a pour conséquence que le système peut être monté dans une salle de machine. Autre option : monter le système à l’extérieur grâce à son capot IP54. Une solution alternative consiste à mettre l’installation entière dans un conteneur répondant à toutes les mesures de sécurité, et qui est certifié comme un tout. Une telle approche assure la conformité du système frigorifique au NH3 à toutes les règles de sécurité. L’avantage supplémentaire qui en résulte est que le temps d’installation et de mise en service est sensiblement écourté. »
Photos : Engie Axima


