CONGRÈS  
Cool and Comfort 74 – septembre 2017

12e IEA Heat Pump Conference à Rotterdam

La 12e IEA Heat Pump Conference a eu lieu du 15 au 18 mai 2017 à Rotterdam. Cet événement triennal haut de gamme a rassemblé 560 participants de 32 pays pour partager durant quatre jours leur expertise, leurs expériences et leurs résultats de R&D sur les pompes à chaleur à travers 250 présentations et débats. On y a discuté d’applications existantes et nouvelles, et ce d’un point de vue à la fois pratique et théorique. Un élément important à ce niveau est la participation à cette 12e IEA Heat Pump Conference à la fois de décideurs politiques, de l’industrie et du monde scientifique.

Le premier jour, le TCP-HPT (Technical Collaboration Program on Heat Pumping Technologies) a organisé sept ateliers où l’on a été au fond des choses pour débattre de NZEB (Net Zero Energy Building) lors de la rénovation d’installations résidentielles, de systèmes de distribution d’énergie intelligents, de pompes à chaleur pour l’industrie, d’avenir du conditionnement d’air, de géothermie et de stockage d’énergie, de pompes à chaleur et d’énergie solaire ainsi que de stratégies énergétiques dans un environnement urbain comme le chauffage urbain. Les inscriptions à chaque atelier étaient limitées, l’organisation voulant ainsi favoriser l’interaction.

Le même jour, l’organisation à dû cependant compter avec un événement imprévu : 130 000 supporters frénétiques se sont emparés du centre (et donc aussi des rues autour du World Trade Center) pour fêter les champions du Feijenoord Rotterdam. Mais heureusement, la fête est restée correcte et les congressistes ont eu droit à une attraction gratuite par-dessus le marché.

Agent de liaison

Le mardi, le congrès proprement dit a débuté par une séance plénière. Les personnes présentes ont eu la surprise d’entendre qu’elles participaient au principal congrès sur les pompes à chaleur jamais organisé, tant par le nombre de participants que de présentations. « Nous avons composé un programme passionnant, avec chaque fois quatre sessions en parallèle, où chacun peut choisir les sujets qui l’intéressent le plus », a déclaré Per Jonasson, président du comité d’organisation international. « Mais ce que je demande surtout, c’est que vous saisissiez l’occasion pour nouer des contacts. Jamais autant de spécialistes des pompes à chaleur ne se sont réunis. Rassemblez des informations, échangez des expériences, prenez rendez-vous pour collaborer à l’avenir, ne laissez pas passer cette chance ! »

Au début, pas mal de sourcils se sont froncés quand Rotterdam a été sélectionnée pour pouvoir organiser la 12e IEA Heat Pump Conference. Les Pays-Bas ne sont-ils pas le pays du gaz ? Rotterdam n’est-elle pas un port d’approvisionnement en pétrole, gaz et charbon ? C’est partiellement vrai. Tant les Pays-Bas que Rotterdam ont eu l’occasion de réfuter ces préjugés pendant le congrès. Comme dans d’autres pays, le secteur de l’énergie se transforme aussi aux Pays-Bas. Avec des combustibles fossiles, on déplace de l’énergie, avec des pompes à chaleur, on en produit. Ces dernières années, Rotterdam a été le cadre d’un formidable changement, avec le recours à des pompes à chaleur dans différents bâtiments prestigieux. Pensez au World Trade Center, à la gare centrale, au marché couvert, à la tour de la Meuse, à Eneco World et à la Blaaktoren. Cela fait longtemps déjà que les pompes à chaleur dépassent le monde de la construction. Dans les applications industrielles et commerciales aussi, de grands pas en avant ont été faits. « Les pompes à chaleur sont l’agent de liaison entre les hommes et les secteurs », affirme Per Jonasson.

Power to heatpump

Stephen Renz (président du TCP-HPT) a donné des explications sur le cadre international de la collaboration au sein du secteur des pompes à chaleur. Le réseautage et les échanges en matière de R&D font accélérer la recherche. Actuellement, seize pays d’Amérique du Nord, d’Asie et d’Europe (notamment la Belgique et les Pays-Bas) prennent part au programme. « Tout le monde ne parle que de ‘power to heat’, mais je pense que nous devons aller à fond dans le ‘power to heatpump’. La terre ne sera pas sauvée en investissant dans la production d’énergie mais en réduisant les besoins en énergie primaire. Les pompes à chaleur et l’énergie renouvelable du soleil, du vent, de l’eau ou la géothermie joueront un rôle important pour ce faire. »

La 12e IEA Heat Pump Conference a offert à la Commission européenne une plateforme pour faire comprendre à la communauté mondiale les ambitions... et les problèmes européens. « La consommation d’énergie dans l’UE28 (= les 28 États membres de l’UE) atteignait en 2015 83,6 % de sources non renouvelables et 16,4 % de sources renouvelables », a expliqué Hans van Steen (conseiller à la DG Énergie). « Pour chauffer, refroidir et produire de l’électricité, nous sommes sur la bonne voie, mais le secteur du transport reste notre talon d’Achille car une solution semble loin. En ce qui concerne nos objectifs 20-20-20, dont on parle beaucoup, tout indique que nous les atteindrons... en tant qu’UE28 ! Il y a des États membres dont les performances sont remarquables (Suède, Finlande, Danemark, Lituanie, Autriche), mais d’autres se laissent un peu aller et ont encore un long chemin à parcourir. Vais-je réussir à ouvrir les yeux de quelques-uns ? La Belgique, les Pays-Bas, Chypre, la Hongrie, Malte. Mais entre-temps, nous avons relevé nos ambitions et 2020 n’est qu’une étape vers 2030, où nous visons une réduction de 40 % des émissions de CO2, 27 % d’énergie renouvelable et 30 % d’efficacité énergétique. L’Europe va s’investir dans le durable et espère que les autres continents suivront. »

Coal to electricity

Où en sont les pompes à chaleur aux USA ? « Pendant 15 ans, nous avons été bien occupés, avec une croissance stable, jusqu’à ce que la crise du logement nous frappe », affirme Edward Vineyard (Oak Ridge National Laboratory) sans mâcher ses mots. « En 2005, 8,6 millions de pompes à chaleur ont été intallées, en 2010 ce chiffre est tombé à 5. Mais la reprise a commencé, avec un retour à 7,3 millions l’an dernier. Grosso modo, les USA comptent 120 millions de logements, dont plus de la moitié se chauffent encore au gaz. Les principales opportunités sont en Californie, considérée comme un état d’avant-garde mais où les pouvoirs publics et la population pensent ‘durable’, mais agissent encore trop peu. »

La situation en Asie est très disparate. Au Japon, les pompes à chaleur (tout comme les frigorigènes naturels) marchent fort. En Chine également (important fabricant de pompes à chaleur), la situation est prometteuse. Cooper Hangyi Zhao de la CHPA (China Heat Pump Association) explique : « La pollution de l’air est un gros problème au nord de la Chine. Comme de graves problèmes de santé apparaissent, les autorités publiques vont intervenir. Un grand coupable de la pollution atmosphérique est la houille, avec un constat remarquable : proportionnellement, la pollution issue d’une centrale au charbon est 10x moindre que celle d’un poêle à charbon domestique. Avec le programme ‘coal to electricity’, les autorités veulent intervenir. Le charbon produit de l’électricité, qui est à sont tour utilisée dans des pompes à chaleur. À Pékin, 161 000 pompes à chaleur ont été installées l’an dernier, et l’objectif cette année-ci est de 300 000. Les subsides annuels pour les développements de la géothermie ont aussi fortement augmenté en 2016. »

La 13e IEA Heat Pump Conference se tiendra du 11 au 14 mai 2020 sur l’île de Jeju, en Corée du Sud. Elle sera intitulée « Heat Pumps – Mission for the Green World ».

Par Rudy Gunst

www.hpc2017.org

« Nous allons atteindre les objectifs 20-20-20… en tant qu’UE28. Certains États membres, comme les Pays-Bas et la Belgique, trainent la jambe. »

Hans van Steen (DG Énergie)