CONGRÈS  
Cool and Comfort 75 – novembre 2017

ATMOsphere Europe

“Natural refrigerants, yes we can!”

Du 25 au 27 septembre a eu lieu à Berlin la 8e édition d’ATMOsphere Europe, et jamais autant de participants ne s’étaient rassemblés pour promouvoir des fluides frigorigènes naturels destinés aux applications les plus diverses, et pour échanger leurs expériences et leur savoir-faire, tant lors de conférences que de tables-rondes.

Avec 428 participants, 88 conférenciers et 47 exposants, ATMOsphere Europe jouait à guichets fermés. Complet ! Plus un siège de libre dans la salle de conférences ! C’était la 42e ATMOsphere que Shecco organisait ; en plus de l’Europe, elle organise d’autres journées pour les marchés CVCR, aux Etats-Unis, en Australie, en Chine, au Japon et ailleurs en Asie. Marc Chasserot, directeur général de Shecco, ayant examiné soigneusement la liste des participants, est arrivé à une constatation réjouissante. « La salle est pleine de nouveaux visages qui n’avaient jamais participé à un congrès ATMOsphere auparavant. Cela signifie que nous sommes sur la bonne voie et toujours en mesure d’éveiller un intérêt nouveau. Et ce n’est pas étonnant, car l’Europe a acquis une certaine avance aussi bien en matière de développement technologique que d’utilisation de fluides frigorigènes naturels. Nous devons maintenir cette avance, voire la renforcer davantage, afin que le monde entier ait les yeux sur nous. »

L’union fait la force

Lorsque l’on investit aujourd’hui dans une installation frigorifique avec des fluides frigorigènes naturels, on acquiert une solution de long terme, ce qui n’est pas le cas lorsque l’on opte pour une solution intermédiaire avec un fluide frigorigène chimique ayant un GWP bas (Global Warming Potential / Potentiel de réchauffement climatique) mais qui ne pourra plus être utilisé dans quelques années pour recharger les appareils. Il y a, de plus, à prendre en compte l’efficacité énergétique. « La réutilisation de la chaleur résiduelle et du froid résiduel mérite plus d’attention », déclare Eric Delforge, ‘corporate business & policy officer’ chez Mayekawa Europe. « Les fabricants doivent concevoir des installations qui puissent être adaptées sur mesure, afin de réduire le gaspillage. Je vois un second défi dans l’application d’une réfrigération industrielle à plus petite échelle à la réfrigération commerciale. De petites installations de réfrigération avec peu de fluide frigorigène, mais le gain d’énergie restera élevé. »

Après avoir projeté des scénarios catastrophes durant des années, la DG CLIMA de la Commission européenne pouvait enfin annoncer une bonne nouvelle lors de l’ATMOsphere Europe : pour la première fois depuis 2000 il y a eu, en 2016, moins de tonnes d’équivalent CO2 émises que l’année précédente. « La règlementation européenne F-gaz a porté ses fruits », se félicite Arno Kaschl de la Commission. « Les émissions baissent ; la consommation diminue ; les entreprises respectent les quotas imposés, et comme espéré, le coût des gaz frigorigènes nocifs augmente de ce fait, de sorte qu’ils se mettront d’eux-mêmes hors marché, et nous constatons avec grand plaisir que l’industrie européenne du CVCR a relevé le gant et se lance à fond dans la R&D. L’écologie et l’économie avancent main dans la main et c’est très bien ainsi. J’ai aussi un message rassurant pour les entreprises qui jouent honnêtement le jeu. Je ne crains pas les nouveaux acteurs sur le marché des gaz frigorigènes, ni les importateurs d’unités préremplies ; nous les avons à l’œil et nous n’admettrons pas que la réglementation soit contournée. »

Les supermarchés belges

Les trois grandes chaînes de supermarchés belges – Colruyt, Carrefour et Ahold Delhaize – étaient explicitement présentes à l’ATMOsphere Europe. « Fin 2016, 13% de nos magasins utilisaient déjà des fluides frigorigènes naturels », déclare David Schalenbourg, d’Ahold Delhaize. « Notre objectif intermédiaire est d’arriver, d’ici 2020 à réduire de 30% nos émissions de CO2 par rapport à 2008, et d’ici 2030, nous voulons être sans HFC partout dans le monde. Nous voulons ouvrir la voie et aider à changer le secteur en prouvant que la durabilité et le gain ne forment réellement qu’un. Osez penser différemment ; soyez ouverts aux nouvelles technologies et considérez la facture globale. Un supermarché n’est pas tout seul dans la chaîne du froid.

Le discours était le même chez Collin Bootsveld, ingénieur projet chez Colruyt Group. « Dans notre chaîne du froid nous avons différentes solutions avec des fluides frigorigènes naturels, tels l’ammoniac dans le centre de distribution, le coulis de glace pour le transport et le propane/propène dans les supermarchés. Il n’y a pas qu’une seule solution, mais pour chaque application il y a lieu d’étudier où se trouve le gain. Nous avons pour l’instant, en Belgique, deux supermarchés sans énergie fossile, et outre une réduction des émissions de CO2 et des coûts énergétiques, nous avons également là un coût d’investissement plus faible dans l’installation frigorifique. »

La politique européenne en matière de gaz frigorigènes a engagé une dynamique unique au monde. L’Europe peut bien mener la danse, il y a au sein de l’UE des États-membres présentant des vitesses différentes. La France se veut parmi le peloton de tête. Florian Veyssilier, chargé de mission auprès du Ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie, était venu expliquer la politique de la carotte et du bâton. « En mai 2017, les autorités françaises ont envoyé quelque 6 000 dépliants aux gros utilisateurs de gaz frigorigènes, indiquant les avantages de passer aux fluides naturels. Et non pas en langage administratif, mais en langage de tous les jours, avec des exemples concrets parlant d’eux-mêmes. En même temps qu’un contrôle plus sévère des installations frigorifiques et de la menace d’arrêter purement et simplement les installations présentant de grosses fuites, il existe aussi des mesures d’aide destinées à faciliter le passage des HFC aux fluides naturels. Cette approche a porté ses fruits et les autorités françaises se montrent optimistes. »

Accelerate Europe Awards

Les participants attendaient également la première attribution des Accelerate Europe Awards. Elle s’est faite en cinq catégories. Le prix du public est allé à un système de réfrigération innovant au propane et à l’isobutane, de Viessmann. Pour les trois best-in-sector awards (prix des trois meilleurs du secteur), un jury de professionnels a choisi les applications à fluides frigorigènes naturels de Carrefour (food retail/alimentation au détail), Nestlé (light commercial/commercial léger) et le Stay Food Group (industrie). Les applaudissements les plus nourris sont allés à la Personne de l’Année : Menno van der Hoff, d’Uniechemie, le père spirituel de TripleAqua.

En 2018, ATMOsphere Europe aura lieu pour la première fois en Italie (Milan). La date exacte n’a pas été communiquée, mais Cool & Comfort a pu savoir que ce serait environ un mois après Chillventa. Si vous croyez, comme de plus en plus de salariés de notre secteur CVCR, dans les possibilités des fluides frigorigènes naturels, réservez déjà la mi-novembre dans votre agenda. Nous sommes d’ailleurs curieux de savoir comment on réagira à ATMOsphere aux nombreuses solutions nouvelles de CVCR qui seront présentées à Chillventa, et si l’on continuera à utiliser des fluides frigorigènes chimiques, avec ou sans GWP acceptable.

Par Rudy Gunst

www.atmo.org

« L’écologie et l’économie avancent main dans la main et c’est très bien ainsi. »

Arno Kaschl, DG Clima

« Osez penser sans idée préconçue et soyez ouverts à de nouvelles technologies. »

David Schalenbourg, Ahold Delhaize