CONGRÈS
Cool and Comfort 76 – février 2018
La problématique du gaz frigorigène domine le congrès ASERCOM
Le 12 janvier a eu lieu à Bruxelles le congrès annuel de l’ASERCOM. Outre une synthèse des résultats de l’exercice précédent et les objectifs à court et moyen terme, il a été fait une large place aux discussions animées et franches. Une présentation remarquable concernant la cybersécurité du secteur CVCR, a provoqué chez beaucoup de participants un sentiment de malaise.
L’ASERCOM (Association of European Refrigeration Component Manufacturers / Association européenne des constructeurs de composants pour la réfrigération) trouve son origine chez des fabricants de compresseurs qui ont uni leurs forces pour mettre au point un programme de certification. L’idée sous-jacente était de faire émerger un label de qualité et de valoriser les efforts de R&D. Mais plus l’on se rendait compte que les prestations d’un compresseur dépendaient fortement des autres composants de l’installation frigorifique, plus le ‘COM’ dans ASERCOM ne signifiait plus Compressors mais Components. L’organisation s’est ainsi insufflée de nouvelles forces et est devenue un interlocuteur important, tant pour l’industrie que pour les autorités européennes. Cela signifie aussi de plus en plus de participants au congrès annuel.
Objectifs
Pour Claude Blanc c’était sa dernière apparition en tant que président de l’ASERCOM. Différents orateurs ont rendu hommage à l’homme qui a permis à l’organisation de sortir de l’anonymat, d’accueillir, ces dernières années, de nouveaux membres (entre autres UBF-ACA) et de devenir un organe consultatif respecté par l’industrie, les institutions européennes et les autres fédérations du secteur CVCR. Mais qui n’avance pas recule… Claude Blanc a donc utilisé son dernier temps de parole à regarder vers l’avenir. « 2018 sera une année chargée pour ASERCOM. Outre les activités habituelles telles que les études de marché, la préparation et le suivi de la réglementation et la communication, nous aurons certainement aussi à revoir le programme de certification des unités de condensation, car il faut que cela aille plus vite. Nous voulons ainsi rester au même rythme que les fabricants chez qui le cycle de conception et de production devient de plus en plus court. L’évolution dans notre secteur est tellement rapide que tous les intervenants concernés doivent faire des efforts pour garder la même allure. »
Il semblerait que la réglementation sur les gaz frigorigènes tiendra encore le secteur dans son étau durant plusieurs années. Il ne se passe aucune occasion sans que l’on n’aborde le sujet. « Le CO2 est un fluide frigorigène alternatif à fort potentiel », affirme Regis Leportier, président du Technology Committee d’ASERCOM. « Il ne faut pas perdre de vue cependant que pour convertir une installation frigorifique au CO2, différents composants doivent être modifiés en conséquence. Ceci veut dire que le coût global doit en être revu. Que signifie, entre autres, le CO2 pour l’efficacité énergétique de l’installation, pour l’impact sur le réchauffement total (Total Equivalent Warming Impact), pour le coût global sur le cycle de vie (life cycle cost), la sécurité et la fiabilité ? Gardons par conséquent en mémoire que le CO2 ne convient pas pour toutes les applications et qu’il y a un besoin de formation et d’entraînement pour concevoir et mettre en œuvre les installations au CO2.
Respect de l’installateur
Jurgen Buckinx, président de l’UBF-ACA, a exprimé l’opinion de beaucoup d’installateurs. « Les autorités et les organisations internationales peuvent bien échafauder de grandes théories ; en fin de compte c’est le frigoriste qui en supporte la charge. Les changements apportés à la réglementation et à la technologie vont bon train, et l’on trouve normal que l’installateur, en plus de ses tâches quotidiennes, se tienne au courant de tout. Où voulez-vous bon dieu que l’installateur, qui travaille déjà dur, trouve encore le temps de se documenter et de suivre des formations complémentaires ? Les fabricants doivent en tenir compte lorsqu’ils conçoivent de nouveaux appareils. Essayez de limiter les changements apportés à l’installation, afin que l’installateur ne se heurte pas à un mur. Ce que je trouve également scandaleux, c’est que l’on serve à l’installateur des informations contradictoires. Ne prenons que le problème des gaz frigorigènes. Chaque fabricant promeut les gaz frigorigènes qu’il utilise lui-même. C’est pourquoi l’installateur attend des autorités des informations objectives, mais on n’entend de ce côté qu’un silence assourdissant. Mon appel pressant à l’ensemble du marché est le suivant : tenez compte de l’installateur et comprenez la difficulté de sa situation. »
Prix du gaz frigorigène
Un autre problème auquel est confronté l’installateur, ce sont les hausses spectaculaires du prix des gaz frigorigènes chimiques. Les installateurs éprouvent de plus en plus de difficultés pour expliquer cela à l’utilisateur final. Wolfgang Zaremski, président de la fédération professionnelle allemande Verband Deutscher Kälte-Klima-Fachbetriebe, s’est emporté à ce sujet. « J’appelle cela une histoire à 2 milliards d’euros. La réglementation sur les gaz F est le plus grand changement des 150 dernières années de l’histoire de l’industrie frigorifique. Et par-dessus le marché, il y a, ici encore, le fait qu’on nous laisse peu de temps. Dans cette histoire, il n’y a qu’un seul vainqueur : l’industrie chimique. Certains fluides frigorigènes ont vu leur prix augmenter de plus de 1000% en l’espace de douze mois. Et il faudrait que l’installateur explique cela au client. Je me suis également penché sur le cours de l’action Chemours. Chacun devrait le faire. Vous remarquerez qu’il y a peu de différence entre le graphique de l’évolution de l’action et celui du prix du gaz frigorigène. »
Udo van der Meer, directeur général d’ECR Pays-Bas, est du même avis. « Les installateurs se posent des questions concernant le jeu auquel se livre l’industrie chimique. La comparaison avec le monde bancaire apparaît de plus en plus. Des banquiers cupides n’ayant en tête que leur propre intérêt et qui se moquaient bien des conséquences que leurs décisions pouvaient avoir sur le marché. Nous savons tous comment l’histoire s’est achevée. »
Arno Kaschl (DG Clima) a essayé d’adoucir un peu ces propos en sortant les statistiques de 2015 et 2016. « Nous n’avons utilisé que 80% du quota de gaz frigorigènes prévu. Si nous pouvons maintenir cela en 2018 et 2019, je pense que le pire est derrière nous, et que chez beaucoup d’intervenants la peur d’une pénurie de gaz frigorigène disparaîtra. »
Cybersécurité
De plus en plus d’installations frigorifiques sont reliées via Internet. Cela facilite la surveillance et le pilotage d’une installation. On tient toutefois trop peu compte des possibles dangers. Christian Ellwein, de KRIWAN Industrie-Elektronik GmbH, a fait un exposé passionnant sur ce thème. « Différents sites Web permettent de trouver sans grande difficulté les manuels d’installation des installations frigorifiques. On y trouve les réglages d’usine, entre autres en ce qui concerne le mot de passe. Tous les installateurs ou utilisateurs finaux ne modifient pas ce mot de passe et ouvrent par conséquent en grand le portail d’accès. Pensez aux conséquences : ouvrir le détendeur électronique lors du démarrage, couper le réchauffage d’huile, modifier des paramètres, provoquer des pannes, pour ne citer que quelques possibilités. L’ASERCOM va publier un guide sur la sécurité (Security Guideline) avec nos conseils pour sécuriser une installation frigorifique. ».”
Par Rudy Gunst




