INTERVIEW  
Cool and Comfort 78 – septembre 2018

“Mettre en œuvre de façon structurée le sujet de la numérisation”

Jörg Köcher devient responsable de la stratégie digitale (Chief Digital Officer) chez Güntner

Jörg Köcher est devenu le 1er août le CDO (Chief Digital Officer) chez Güntner et dirige ainsi, en plus de ses fonctions de directeur de la division Güntner Controls, une unité organisationnelle autonome intitulée « Digital/Connectivity ». Dans cette interview, pubiée sur le site Web de Güntner et que Cool & Comfort à repris en partie, Jörg Köcher évoque l’importance de ce poste, ses objectifs et sa vision pour les prochaines années.

La rédaction : Votre nouveau département s’intitule « Digital/Connectivity ». Qu’est-ce que cela signifie ?

Köcher : C’est là l’intitulé de l’unité organisationnelle. Ce nom exprime déjà en lui-même la grande portée de la chose : « Connectivity », c’est par exemple la division Controls et notre intention d’avancer dans la direction de produits toujours plus adaptés à l’Internet des objets. « Digital » englobe bien plus que les produits : cela inclut la mise en œuvre de nouveaux modèles commerciaux numériques et par là-même, aussi bien notre communication à destination de l’extérieur, à l’attention de notre clientèle, que notre structure interne, comme par exemple les processus et les procédures. C’est ici qu’il faut parler de « nouvelles prestations de services » (servitization), c’est-à-dire d’une innovation au niveau des modèles commerciaux qui est pertinente pour les entreprises de fabrication et qui désigne la transformation des gammes de produits actuelles pour passer de biens strictement matériels à une combinaison de biens matériels et de prestations de services. C’est exactement là où nous en sommes en ce moment, et c’est pour-quoi nous avons cette unité autonome qui doit nous servir à mettre en œuvre de façon structurée le sujet de la numérisation au sein de notre entreprise et également avec notre clientèle.

Une disponibilité immédiate

La rédaction : Voulez-vous dire par là qu’en tant que fabricant, nous avons besoin d’une stratégie numérique ?

Köcher : Ce qu’on peut offrir de mieux au client à l’heure actuelle, ce sont des produits et des informations disponibles à tout moment. La disponibilité des produits suppose des concepts de production et de logistique de même que des plates-formes correspondantes sur lesquelles des contenus sont disponibles en permanence. Les formes de communication changent également dans la communication interne et externe. Nous étudions à cet égard des canaux internes et externes afin de voir comment nous pouvons mener à bien cette transformation numérique – en d’autres termes : intégrer les canaux numériques au sein de l’entreprise et à destination de notre clientèle. On parle ici de « délai de mise sur le marché » (time-to-market) : le client obtient ses produits plus vite que par le passé, avec toutes les informations nécessaires.

L’industrie 4.0

La rédaction : Cela signifie-t-il qu’en tant que responsable de la stratégie digitale, vous êtes chargé de structurer et de mettre en œuvre de nouveaux processus et, dans le même temps, de la poursuite du développement numérique de nouveaux modèles commerciaux ?

Köcher : C’est exactement cela. Mais avant de mettre en œuvre quoi que ce soit, nous analysons la situation telle qu’elle est et nous déterminons quels sont les points sur lesquels nous devons travailler. Depuis l’industrialisation, nous avons connu des phases de développement dans différents secteurs, au premier rang desquels la production. Nous nous trouvons à présent à un moment que l’on désigne « industrie 4.0 ». Entre-temps, ce développement s’étend bien au-delà de la production et touche tous les aspects du modèle commercial d’une entreprise de construction mécanique, comme par exemple les processus, les procédures et la communication. En matière de communication, de nombreux développements se sont accélérés sur le plan numérique au cours de ces dernières années. On pense ainsi à l’essor fulgurant du marché des plates-formes en ligne.

La notion d’« Internet des objets » nous donne elle aussi très fortement à voir, dans le domaine grand public, le type d’exigences qui sont désormais posées pour des produits électroniques qui offrent une importante valeur ajoutée et une importante valeur client, en environnement industriel également. On parle alors de « maintenance prédictive ».

Placer l’humain au centre: accélérer la communication

La rédaction : Ne croyez-vous pas que les gens s’inquiètent de devenir de plus en plus dépendants de machines, ou du fait que des procédures sont de plus en plus déshumanisées ?

Köcher : Lorsqu’il est question de numérisation, de nombreuses personnes pensent d’abord et avant tout à des machines. Évidemment, des machines ou des ordinateurs sont impliquées dans ce processus, mais beaucoup de gens oublient que nous plaçons l’humain au centre de nos préoccupations et que nous travaillons avant tout à faciliter les choses pour nos clients et à accélérer la prise de contact. Nous avons deux priorités : premièrement, rendre nos offres digitalement accessibles. Nos clients peuvent ainsi consulter les données nécessaires à tout moment et où qu’ils se trouvent, ce qui facilite naturellement beaucoup de choses.

Deuxièmement, nous devons veiller en interne à nous adapter à la nouvelle situation et à former nos collaborateurs en conséquence. Une infrastructure numérique de bonne tenue nécessite de répondre à des exigences élevées, ce qui à son tour suppose des collaborateurs compétents. Il s’agit de savoir comment mettre en œuvre ces changements et ces nouveaux processus, et cela ne peut se faire qu’en synergie avec les collaborateurs et non par-dessus leur tête. Il est normal qu’une certaine méfiance se manifeste de temps à autre, notamment au début, concernant de nouveaux systèmes et de nouvelles procédures. Mais cela fait bien sûr partie de nos préoccupations, car cela concerne aussi en partie nos clients, qui ne sont pas tous disposés à s’y mettre tout de suite. Et les contacts internes n’ont pas encore disparu.

« Nous voyons la restructuration comme une mesure nécessaire afin d’être armés pour affronter les défis à venir. »

Jörg Köcher, CDO chez Güntner

De nombreux avantages pour les clients

La rédaction : Et vos clients, qu’en retirent-ils ?

Köcher : Vous avez le pilier « communication », où nous pouvons par exemple améliorer les processus logistiques en organisant un suivi des livraisons. Nous travaillons également à rendre accessible sur Internet notre GPC (Güntner Product Configurator) ce qui permettra à l’avenir de réaliser des dessins techniques sans avoir à télécharger au préalable le logiciel correspondant.

Nous avons aussi le pilier « produits », l’Internet des objets, où nous nous affairons à faire communiquer les appareils et les systèmes entre eux, ce qui permet par exemple la maintenance prédictive.

Ou encore, le pilier « prestations de services », où nous pouvons par exemple concrétiser un projet de boutique numérique de pièces de rechange et accélérer de la sorte les commandes, voire permettre une connexion à distance afin de trouver rapidement des solutions sans avoir à envoyer d’abord un technicien de maintenance.

Quand se renouveler en permanence devient une stratégie

La rédaction : Quels sont vos objectifs pour la période à venir ?

Köcher : La version Web du GPC avec de premières lignes de produits sera disponible très prochainement, normalement d’ici fin de l’année 2018, avec également les débuts de la dématérialisation des processus de commande.

Nous voyons cette restructuration comme une mesure nécessaire afin d’être armés pour affronter les défis à venir et resserrer plus encore nos relations avec nos clients, pour développer de nouveaux modèles commerciaux, pour automatiser des processus et pour créer des produits intelligents présentant une valeur ajoutée.

Photos Güntner

www.guentner.eu