CONGRÈS
Cool and Comfort 84 – février 2020
Rénovation des bâtiments non résidentiels
Le 22 janvier, les partenaires de l’ALDREN, un programme de recherche et d’innovation financé par l’Union européenne (Horizon 2020), se sont réunis au Parlement européen à Bruxelles pour une rénovation efficace en énergie et durable de bâtiments non résidentiels.
Ljudmila Novak, parlementaire européenne originaire de Slovénie, est l’une des preneuses d’initiatives. Elle a travaillé sous l’égide de l’ALDREN (Alliance for Deep Renovation in Buildings) et vise des investissements dans une rénovation en profondeur des bâtiments non résidentiels en Europe. « Malgré l’urgence haute de l’atteinte des objectifs climatiques, nous ne progressons pas au-delà d’une rénovation annuelle de 1 à 2 % de nos anciens bâtiments. Plus de la moitié de ces bâtiments attend encore des mesures nécessaires d’économie d’énergie. A ce rythme, il sera impossible d’atteindre nos objectifs pour 2050. Ceci est inquiétant, d’autant plus qu’il n’existe aucune solution de rechange que celle qui consiste à miser pleinement sur une rénovation en profondeur, tous les facteurs qui peuvent contribuer à une diminution de la consommation d’énergie, notamment pour le chauffage, la climatisation, la ventilation et l’éclairage, étant pris en compte. »
Mathieu Rivallain (Centre Scientifique et Technique du Bâtiment) voit encore d’autres obstacles que l’argent à la rénovation. C’est ainsi qu’il est absolument nécessaire que chacun parle le même langage et comprenne la même chose par les termes utilisés. Quand un bâtiment a-t-il été rénové ? Quand un bâtiment est-il efficace en énergie ? Quand un bâtiment est-il à l’épreuve de l’avenir ? De ce fait, il est, par exemple, difficile aussi de comparer les règles nationales entre elles et d’établir un plan européen à long terme. Seule une législation européenne qui impose des exigences minimales peut être le fil rouge du processus de rénovation. Mathieu Rivallain a adressé en outre un appel chaleureux en faveur d’un passeport des bâtiments qui permet de répertorier en détail le marché des bâtiments européen.
« Toutes les parties concernées peuvent faire preuve de plus d’ambition. »
Pull-and-push
Un autre partenaire de l’ALDREN est la REHVA (Federation of European Heating, Ventilation and Air Conditioning Associations). Son président, Frank Hovorka, a été l’animateur du débat de panel et a ouvert ce dernier avec un point de vue évident : une stratégie pull-and-push est nécessaire. « La législation européenne stimule la rénovation, mais est encore meilleure si c’est le marché qui tire la rénovation. Toutes les parties doivent être plus ambitieuses. Des décideurs, on attend des règles strictes, car plus les critères sont élevés et plus la transformation se déroule rapidement. Mais les investisseurs, les promoteurs et le secteur de la construction peuvent aussi faire preuve de plus d’ambition. »
Accélérer la transformation n’est possible que si chacun est convaincu des avantages entraînés par une rénovation en profondeur. Cela va plus loin que la consommation d’énergie ou d’autres valeurs mesurables comme la valeur marchande et la durée de vie. La qualité de vie, le plaisir au travail, la santé et la sécurité méritent aussi l’attention.
Miapetra Kumpula-Natri (parlementaire européenne originaire de Finlande) fait remarquer que cette discussion a déjà été menée il y a plusieurs années dans son pays d’origine. « Il faut surmonter la peur naturelle face au changement. Certains citoyens craignent d’être enfermés dans une bulle par un excès d’isolation. La population devra également consentir des efforts car la rénovation en profondeur d’un bâtiment scolaire, d’un hôpital ou d’un centre administratif signifie que ces bâtiments ne peuvent plus être utilisés pendant un certain temps. Il y aura des désagréments face auxquels le citoyen devra rechercher une solution temporaire. Expliquez la raison de la rénovation et le citoyen l’acceptera. »
Par Rudy Gunst



