CONGRÈS  
Cool and Comfort 88 – février 2021

REHVA – Brussels Summit 2020

Le 5 novembre 2020, la REHVA (Federation of European Heating, Ventilation and Air Conditioning Associations) organisait son édition annuelle du Brussels Summit. Le COVID-19 était omniprésent, non seulement comme déclencheur de l’édition numérique mais aussi dans les présentations au cours de la session technique et stratégique. Le thème central de cette édition était la rénovation, plus spécifiquement la rénovation en tant qu’opportunité pour rendre les bâtiments plus sains et plus durables dans l’Europe post-COVID-19.

La Commission européenne a publié le 14 octobre 2020 sa Stratégie pour une Vague de Rénovations, un plan stratégique ambitieux destiné à améliorer la performance énergétique des bâtiments. L’initiative s’inscrit dans le cadre du Pacte Vert pour l’Europe (Green Deal) et forme un pilier de la relance écologique et dynamique après la crise du coronavirus. La Commission se penche sur l’immense patrimoine de bâtiments anciens et peu éco-énergétiques que compte notre continent. Contrairement au marché commercial, il n’existe guère de normes en la matière et la logique économique est moins explicitement présente pour investir fortement dans une amélioration de l’efficacité énergétique.

Stratégie de rénovation

La Commission entend au moins doubler les taux de rénovation au cours des dix prochaines années et la vague de rénovations devrait entraîner une efficacité accrue dans la consommation d’énergie et l’utilisation des ressources. Dans sa stratégie de rénovation, la Commission a mis en avant trois domaines d’action prioritaires : décarboner le chauffage et le refroidissement, agir sur la précarité énergétique et les bâtiments les moins performants, et rénover les bâtiments publics tels que les écoles, les hôpitaux et les bâtiments administratifs. Pour ce faire, la Commission souhaite lever les obstacles existants dans toute la chaîne de la rénovation – depuis la conception d’un projet jusqu’à son financement et son achèvement – au travers d’une série de mesures stratégiques, d’instruments de financement (NextGeneration EU et d’autres fonds UE et privé) et d’instruments d’assistance technique.

« La rénovation apporte une situation gagnant-gagnant sur toute la ligne », explique l’eurodéputée finlandaise Miapetra Kumpula-Natri. « Ces efforts amélioreront la qualité de vie des résidents et des autres utilisateurs, réduiront les émissions de gaz à effet de serre, ce qui nous rapprochera des objectifs climatiques, et dynamiseront le secteur de la construction dans l’Union européenne. La rénovation intelligente stimulera la transformation numérique et augmentera la réutilisation et le recyclage des matériaux. D’ici à 2030, 35 millions de bâtiments pourraient être rénovés et jusqu’à 160.000 emplois verts supplémentaires seraient créés dans le secteur de la construction. »

Les nouveaux bâtiments d’aujourd’hui consomment moitié moins d’énergie que les nouveaux bâtiments d’il y a plus de 20 ans. Plus de 85% des bâtiments du parc immobilier de l’UE ont été construits avant 2001 et on estime que 85 à 95% de ces bâtiments existeront toujours en 2050. Quand on sait qu’aujourd’hui, à peine 1% de ces bâtiments sont rénovés chaque année pour améliorer l’efficacité énergétique, cela donne à réfléchir. L’UE a pour ambition de porter ce taux à au moins 3%.

Nouveau Bauhaus européen

Miapetra Kumpula-Natri : « La vague de rénovations peut déclencher une transformation à grande échelle de nos villes et de notre environnement bâti. Elle offre à l’Europe l’occasion d’amorcer un processus prospectif visant à concilier durabilité et style. Un point important à cet égard, c’est le lancement d’un nouveau Bauhaus européen en vue de nourrir une nouvelle esthétique européenne alliant performance et inventivité. La Commission veut que, dans un avenir à nouveau durable, chacun puisse avoir accès à un environnement vivable et se loger à un prix abordable, sans sacrifier l’esthétique. »

« Nous renforcerons la réglementation, les normes et les informations sur la performance énergétique des bâtiments pour mieux stimuler les rénovations dans les secteurs public et privé », ajoute Ditte Juul Jørgensen, directeur-général de DG Energy. « Ceci implique aussi une introduction progressive de normes minimales obligatoires en matière de performance énergétique pour les bâtiments existants, une actualisation des règles applicables aux certificats de performance énergétique et une éventuelle extension des exigences en matière de rénovation des bâtiments pour le secteur public. Un financement accessible et bien ciblé, notamment grâce aux initiatives phares « Renovate » et « Power up » dans le cadre du plan de relance NextGenerationEU, doit soutenir ces initiatives. En outre, il faudra certainement aussi veiller à une simplification des règles pour combiner différents flux de financement et à l’instauration de diverses mesures d’incitation au financement privé. Nous devons absolument accroître les capacités à préparer et à mettre en œuvre des projets de rénovation, depuis l’assistance technique aux autorités nationales et locales jusqu’à la formation et l’amélioration des compétences techniques des travailleurs dans les nouveaux emplois verts. »

Profiter de la rénovation pour durabiliser est une responsabilité de toutes les parties concernées, depuis l’Union européenne jusqu’au citoyen en passant par tous les niveaux intermédiaires. Il est indispensable que chacun se sente concerné et fournisse des efforts. Pour atteindre son objectif de réduction des émissions de CO2 de 55% et ouvrir la voie à une neutralité climatique d’ici à 2050, l’UE doit réduire les émissions de gaz à effet de serre des bâtiments de 60%, leur consommation finale d’énergie de 14% et la consommation d’énergie destinée au chauffage et au refroidissement de 18% d’ici à 2030.

Fenêtres ouvertes ou fermées ?

Lidia Morawska, directrice du WHO CC for Air Quality and Health et affiliée à la Queensland University of Technology, a prononcé l’allocution d’ouverture lors de la session technique. Elle a elle aussi été forcée de constater que le COVID-19 modifiera notre société de façon définitive. « Nous devrons tirer les leçons de l’année 2020. Y compris dans la conception des bâtiments. Chez moi en Australie, nous avons connu une situation bien étrange. Notre pays a été dévasté par des feux de forêts et à l’époque, on demandait à la population de garder les portes et les fenêtres fermées pour ne pas laisser l’air extérieur toxique entrer dans les habitations. Mais quand le COVID-19 est apparu et que l’on a appris de plus en plus de choses sur ce virus très contagieux, on a recommandé d’ouvrir les portes et les fenêtres autant que possible pour renouveler l’air intérieur en permanence. Les citoyens se sont de plus en plus posé la question : alors, que faut-il faire finalement, ouvrir ou fermer ? Nous devons tirer parti de cette situation pour l’avenir et développer une solution. »

Par Rudy Gunst

www.rehva.eu

Crédit photo : Parlement européen

Crédit photo : Wikipedia

Crédit photo : Wurm Elektronische Systeme

« La vague de rénovations peut déclencher une transformation à grande échelle de nos villes et de notre environnement bâti. »

Miapetra Kumpula-Natri (MEP)