CONGRÈS
Cool and Comfort 94 – septembre 2022
Decarb Cities 2022 – “Il faut agir maintenant”
Après les révolutions industrielle et digitale, nous voici désormais en plein coeur de la révolution relative de la durabilité. Que l’urgence à protéger le climat soit élevée est une évidence (en Europe du moins). Une des priorités dans la développement durable est la rupture avec les combustibles fossiles, comme le gaz, le pétrole et le charbon. Le fil rouge de la 3e édition des conférences Decarb Cities était le fossé entre les deux positions : « nous nous débrouillons bien » et « nous pouvons faire beaucoup mieux ». Mais chacun admettra que nous sommes sur la bonne voie, grâce aux pompes à chaleur.
Decarb Cities est une collaboration entre différentes organisations, coordonnée par EHPA (European Heat Pump Association) et Energy Cities. « La décarbonation ne concerne plus désormais uniquement le climat », confirme Claire Roumet, directrice d’Energy Cities. « Il existe aujourd’hui un motif plus urgent à nous détacher du gaz et du pétrole. Notre secteur doit prendre ses responsabilités et donner aux politiciens et décideurs les instruments adéquats pour franchir les étapes nécessaires. »
What’s next ?
Nous subissons encore les effets secondaires de la pandémie : les problèmes de livraison et de personnel ont plus que jamais pesé sur notre société et sur l’industrie ; et un despote a de plus décidé au Kremlin de mener une guerre en Europe ! Mais la pandémie nous a aussi appris une leçon importante : dans des conditions extrêmes, les entreprises et les particuliers sont capables des plus grandes choses. Nous nous adaptons ainsi mieux et plus rapidement à des situations imprévues. C’est une leçon que nos dirigeants doivent tenir à l’œil lorsqu’ils sont amenés à prendre des décisions courageuses –mais impopulaires- pour libérer l’Europe des combustibles fossiles. Le citoyen n’est pas idiot et sait ce qui est en jeu. La guerre en Ukraine est à ce point de vue un avantage, car la provenance russe du gaz et du pétrole encourage plus encore la coopération entre Européens.
« Nous plaçons toujours les villes au cœur de nos conférences, car elles doivent porter la transition énergétique », ajoute Thomas Novak, secrétaire général d’EHPA. « Il y a cinq ans, je devais encore expliquer ce dont était capable une PAC ; aujourd’hui, plus personne ne se pose la question de savoir si elles sont utilisées dans des applications résidentielles, commerciales et industrielles, dans l’électroménager ou encore dans les véhicules. Mais nous devons également reconnaître que l’industrie de la PAC se heurte aujourd’hui à ses propres limites. Personne n’avait vu venir cette demande exponentielle de PAC. J’étais récemment en contact avec la Commission européenne qui m’a posé la question : pourquoi l’industrie ne peut-elle pas produire plus de PAC ? Ma réponse fut : il aurait fallu me poser la question cinq ans plus tôt. Démarrer des lignes de production, former du personnel, entraîner des fournisseurs de matières et de composants dans le processus… Tout cela exige du temps. »
Étude de cas : Vienne
Jürgen Czernohorsky, échevin du climat, de l’environnement, de la démocratie et des ressources humaines, explique que Vienne possède une longue tradition de partenariats destinés à améliorer la vie urbaine à différents niveaux : santé, mobilité, confort, énergie… « La protection du climat est une responsabilité sociétale. Dans la ville et sa périphérie, nous comptabilisons encore quelque 600.000 chaudières au gaz sur le marché privé. Mais nous nous sentons forts dans notre volonté de décarbonation. Et vous savez pourquoi ? Parce que, dans le passé, les politiciens viennois ont opéré des choix sensés et ne se sont jamais laissé tenter par la privatisation de Wien Energy pour combler le trou dans le budget. Grâce à cela, nous pouvons aujourd’hui formuler des ambitions et des objectifs qui dépassent largement le versement de dividendes aussi élevées que possible aux actionnaires. Mais dans notre croisade pour la décarbonation, nous nous heurtons à un autre problème de taille : un déficit flagrant d’installateurs compétents pour se débarrasser des anciennes installations et les remplacer par des PAC. Il s’agit d’une problématique sur laquelle nous travaillons dès à présent pleinement en collaboration avec l’enseignement et les associations professionnelles. »
« Il y a trois conditions pour décarboner une ville », ajoute Michael Strebl, CEO Wien Energie. « Osez passer la consommation énergétique au crible. Recherchez minutieusement des économies d’énergie potentielles, et ne perdez jamais de vue que de nombreuses petites économies d’énergie peuvent donner lieu à un important gain énergétique. Oeuvrez à une stratégie à long terme qui soit soutenue par le plus grand nombre de partis politiques possibles. Faites en sorte que chacun poursuive le même objectif et ne vous laissez pas découragez par les obstacles et les désillusions, car il y en aura. Tenez-vous en à votre plan. Et enfin, la collaboration avec des partenaires est une condition indispensable du succès. Agissez à l’unisson et donnez-vous respectivement les outils nécessaires. Pour le politique, cela suppose parfois de prendre des mesures courageuses et impopulaires, mais si elles sont nécessaires, vous devez alors respecter votre stratégie à long terme. C’est pourquoi il est si important que le plan bénéficie du soutien le plus large possible, de manière à ne pas en porter seul la responsabilité. »
Confiance
L’experte en énergie Astrid Madsen réagit à cela. « La coopération doit être basée sur la confiance. Pas d’agendas cachés ou d’intérêts contradictoires. Les objectifs sont-ils atteignables et réalistes ? Il est également important que chacun parle le même langage. Qu’est-ce que la durabilité ? Il existe différentes gradations dans la durabilité. Quel est l’objectif final ? Aux Pays-Bas, tous les éléments sont présents pour aboutir à une décarbonation : les plans, la volonté politique, la prise de conscience de la part de la population, la technologie… Mais il y a encore du pain sur la planche sur le plan politique et financier. »
A propos des moyens financiers, Astrid Madsen a lâché une petite bombe durant la conférence. Lorsque le thème des factures d’énergie à la hausse fut mis sur la table lors d’une table ronde et que les PAC furent présentées comme la bouée de sauvetage, Astrid Madsen fit une déclaration choc qui résonna encore longtemps : « Celui qui, aujourd’hui, peut acheter une PAC, peut aussi payer sa facture énergétique. La décarbonation n’est pas une priorité pour eux. Nous devons donc nous concentrer actuellement sur les locataires et propriétaires de logement qui ont des difficultés à payer leur facture d’énergie, et qui, de facto, ne disposent pas non plus des moyens de placer une PAC. Soit les PAC deviennent meilleur marché de manière significative, soit nous devons lancer un programme de subventionnement ambitieux. »
Thomas Novak répond aux questions qui sont posées concernant le coût d’une PAC, surtout par rapport à une simple chaudière au gaz. « Vous ne pouvez pas comparer les techniques entre elles. Notre processus est plus complexe. Divers facteurs influencent par ailleurs le prix de revient, comme le prix d’achat des matières premières et de composants, les salaires, les frais de transport, les investissement en R&D, etc. Les PAC sont encore en plein développement, grâce à l’impact positif de la coopération. De nouvelles idées poussent l’industrie vers l’avant. Nous continuons aussi à réfléchir hors de sentiers battus. Mais une des idées les plus folles que j’ai récemment entendues –et probablement une idée qui aurait beaucoup d’impact sur la décarbonation- est l’interdiction du lobbying en faveur des combustibles fossiles. J’y suis favorable, mais c’est probablement –à l’heure actuelle- un pas de trop. »
Par Rudy Gunst






