CONGRÈS
Cool and Comfort 73 – mai 2017
European Cold Chain Conference : défis et responsabilité de la chaîne du froid
Du 8 au 10 mars, la Global Cold Chain Alliance organisait à Bruxelles la 20e édition de l’European Cold Chain Conference. Une centaine de participants, venus de 16 pays, y ont abordé les nombreux défis auxquels doit faire face la chaîne du froid, mais aussi la responsabilité sociale qui incombe au secteur. Rentabilité, durabilité, fiabilité, sécurité et collaboration n’étaient jamais très loin.
La Global Cold Chain Alliance (GCCA) représente tous les intervenants de la chaîne du froid et a pour but ultime de bâtir, dans le monde entier, une chaîne du froid solide. Plus de 1.000 membres, issus de 71 pays, représentent ensemble des chiffres vertigineux : 130 millions de m³ d’espace de stockage à température régulée (International Association of Refrigerated Warehouses – IARW), plus de 200 entreprises de transport (International Refrigerated Transportation Association – IRTA), plus de 200 entreprises d’installation (International Association for Cold Storage Construction – IACSC) et une R&D internationale patronnée par la Refrigeration Research & Education Foundation. La conférence annuelle European Cold Chain Conference est l’une des occasions rêvées pour rassembler les différents départements et définir une route commune.
Technologie
L’an passé, la GCCA définissait une nouvelle vision stratégique pour la chaîne du froid. Le président de l’IARW, Eben James, était venu du Canada pour expliquer cette vision. « Nous voulons que nos membres gagnent des parts de marché grâce à un changement d’échelle, et en impliquant des tiers dans le processus. En soutenant la R&D et en mettant en lumière des projets exemplaires, nous jouons un rôle précurseur pour l’ensemble de la chaîne du froid. Nous pouvons ainsi défendre les intérêts de la chaîne du froid en tant que partie intégrante de l’ensemble de la distribution, et en préserver la rentabilité. »
Dustin Waldron, de Robinson Fresh, a pris son entreprise pour exemple pour expliquer les défis et les opportunités auxquels est confronté le secteur. « 280 établissements dans 40 pays, 13.450 salariés et plus de 110.000 clients parlant 40 langues différentes : comment harmoniser dans ces conditions la chaîne de froid ? Un seul mot d’ordre : la technologie. Il y a 20 ans, Robinson Fresh traversait l’Atlantique et implantait notre premier établissement en Belgique ; le lieu et l’époque de cette conférence ont donc pour nous une signification toute spéciale. Pourquoi sommes-nous membres de la GCCA ? Parce que nous ne pouvons y arriver seuls, et personne ne le peut. Cela peut sembler un cliché, mais la chaîne du froid n’a que la résistance du maillon le plus faible. Il s’agit donc de veiller à ce que tous les partenaires soient de qualité et capables d’apporter une contribution fondamentale afin de pouvoir concrétiser nos promesses aux clients. »
Génération du millénaire
Que vient faire la génération du millénaire dans la chaîne du froid ? Pas mal de choses à ce qu’il semblerait. Née entre 1980 et 2000, cette génération a une vision optimiste et est à la recherche de qualité dans la vie courante. La génération du millénaire, ou génération Y, accorde sa fidélité à une entreprise ou à une marque lorsqu’elle en reçoit en retour, de l’authenticité et de l’honnêteté. Elle est en première ligne pour donner au cultivateur, au boucher et au laitier local, de nouvelles chances. En même temps, la génération Y est orientée vers la qualité, sans concession : si un produit ne répond pas à ses attentes, fin de l’histoire. Tout de suite et pour toujours. Si un produit répond, au contraire, à ses exigences, elle ne peut plus s’en passer et se sert des réseaux sociaux pour partager la bonne nouvelle.
Dustin Waldron : « La chaîne du froid doit s’y adapter en abandonnant le principe d’entrepôts gigantesques situés près des ports et des métropoles, et en s’implantant localement. En revanche, durant la décennie qui vient de s’écouler, la demande mondiale de produits frais s’est accrue de 20%. Ceci est principalement à porter au compte des pays BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) dans lesquels la demande de produits frais croît parallèlement à la prospérité. »
Responsabilité
Dans un second exposé, le président de l’IARW, Eben James, a repris sa casquette de directeur général de Trenton Cold Storage. Il a exhorté la chaîne du froid à endosser sa responsabilité sociale. « La production alimentaire mondiale doit être capable de nourrir 10 milliards de personnes. Nous sommes actuellement 7,1 milliards, et pourtant, 800 millions d’êtres humains sont sous-alimentés. Je fais ici une tentative pour expliquer la situation et j’espère que quelques-uns en prendront conscience. En Europe, on détruit chaque année 88 millions de tonnes de nourriture, soit environ 20% de la production totale. La valeur équivalente est estimée à 143 milliards d’euros. La faute en incombe pour plus de la moitié au consommateur, mais dans la chaîne logistique aussi, il y a parfois des manquements : perte de production, emballages endommagés, perte durant le transport, mauvaise conservation, dépassement de la date de fraîcheur, pour n’en citer que quelques-uns. Essayons ensemble de remédier au problème. »
L’industrie aussi a eu voix au chapitre lors de l’European Cold Chain Conference. Marius van der Linden (Carrier Refrigeration Benelux) a utilisé son temps de parole pour promouvoir le CO2 comme fluide frigorigène ayant le meilleur potentiel d’avenir. « Je ne vous ennuierai pas avec la législation sur les gaz F, et les défis qui nous attendent, mais je veux plutôt vous transmettre un message positif. Nous croyons dans le CO2 comme solution naturelle pour les systèmes de réfrigération et de condensation ayant un énorme potentiel d’avenir. Il s’agit d’une substance naturelle, climatiquement neutre, sans atteinte à la couche d’ozone, sans tri sélectif lors du démontage du système de réfrigération, non nocive, et avec une excellente transmission de chaleur. Qu’en est-il de l’ammoniac ? Ce fluide frigorigène a sans nul doute ses avantages, mais ils ne valent pas ceux du CO2. Supposons qu’il y ait une fuite lors de la conservation de produits alimentaires. Avec l’ammoniac, tout est perdu, alors qu’avec le CO2 ce n’est pas le cas. Au départ on disait : plus la température extérieure et la température froide demandée sont basses, et plus le CO2 se justifie par rapport à l’ammoniac. Entre-temps, nous avons également amélioré le rendement du CO2 pour des températures élevées. »
La Manche
Pas de réunion européenne à Bruxelles sans qu’il soit question à un moment donné du Brexit. C’est pourquoi, en dernière minute, il s’est encore ajouté un orateur : le Britannique Chris Sturman, président de la FSDF (Food Storage and Distribution Federation). Son message était lénifiant : « Les Britanniques ont voté et nous allons respecter le choix de la population, mais la chaîne du froid s’efforcera d’obtenir une sortie de l’Union la moins pénalisante pour le commerce. Rien qu’entre Douvres et Calais, ce sont chaque jour 11.000 camions qui traversent la Manche. Les nouveaux obstacles doivent absolument être évités. »
Par Rudy Gunst



