SYMPOSIUM
Cool and Comfort 79 – novembre 2018
Pas d’avenir sans pompes à chaleur
Le mercredi 10 octobre 2018 s’est tenue à Gand la Onzième édition du Symposium international Pompe à chaleur. Plus de 170 participants venant de 12 pays ont écouté les conférences données par des responsables politiques, chercheurs, et fabricants, à propos du rôle des pompes à chaleur dans les systèmes énergétiques durables et intelligents.
Le symposium était organisé par la Plateforme Pompe à chaleur, qui représente le secteur des pompes à chaleur en Flandre – sous le titre Pas d’avenir sans pompes à chaleur. « La presse nous assomme avec des informations alarmantes sur la pénurie d’énergie, alors nous avons choisi un titre interpelant », sourit Luc De Smet, co-président. « En Flandre, une politique énergétique dans le sens du développement durable doit inciter les ménages, les institutions et les entreprises à utiliser de l’énergie verte pour le chauffage. Nous devons nous inspirer de ce qui se fait dans les autres pays. Le Danemark a voté en 2013 une loi interdisant les installations de chauffage au gaz et au mazout pour les nouvelles constructions et une loi en 2016 interdisant l’utilisation du mazout dans les bâtiments proches d’un réseau de gaz ou de chaleur urbaine. En Flandre, nous avons besoin d’une vision claire à long terme pour la transition énergétique. L’électricité est nécessaire pour réduire les émissions de CO2, mais les pompes à chaleur vont jouer un très grand rôle. »
Marge d’incertitude
Marion Bakker (RVO) avait une information d’une brûlante actualité en provenance des Pays-Bas : quelques jours avant le symposium, le jugement Urgenda a été confirmé en appel, impliquant l’obligation pour le gouvernement de prendre des mesures plus strictes en vue de réduire les émissions de gaz à effet de serre à partir de 2020. Dans le passé, les pouvoirs publics avait annoncé que la diminution réelle des émissions en 2020 pouvait se situer entre 19 et 27%, pour tenir compte des facteurs d’incertitudes. Autrement dit, le gouvernement s’était quelque peu affranchi de l’obligation des 25% par rapport à 1990.
La Cour de justice de la Haye a qualifié la marge d’incertitude de « non acceptable ». Une réduction de 25% est le minimum, sinon les pouvoirs publics ne protègent pas les citoyens de manière suffisante contre un « danger réel et imminent », un réchauffement planétaire dépassant 2°C. Dans certains milieux, des mises en garde sont lancées concernant l’application de mesures trop draconiennes, qui ne manqueraient pas d’avoir un impact direct sur la vie quotidienne. Quoi qu’il en soit, les pouvoirs publics, les partenaires privés et les ONG vont devoir travailler en concertation.
Prix de l’électricité
La voix de EHPA ne peut pas manquer dans un Symposium Pompe à chaleur. Le secrétaire général Thomas Novak considère que le chauffage n’est pas le seul domaine des pompes à chaleur. « Le marché de la production d’ECS ne doit pas être négligé : pour beaucoup d’installateurs, c’est le premier pas vers les pompes à chaleur. Au niveau européen, la Belgique est le marché le plus difficile pour les pompes à chaleur, à cause des prix exorbitants de l’énergie. Pire encore, il semble même que les pouvoirs publics favorisent le gaz, malgré les objectifs européens en matière de durabilité. Pour ma part, je ne cesse de le dire : une société 100% à l’énergie renouvelable est possible à l’horizon 2050. »
Différents partenaires de la Plateforme Pompe à chaleur demandent un tarif préférentiel sur l’électricité utilisée pour les pompes à chaleur. Ronnie Belmans (EnergyVille) n’est pas d’accord. « La structure du tarif est basé sur 9 règles internationales : tarif réfléchissant les coûts, ne perturbant pas le marché, couvrant les coûts, non-discriminant, transparent, prévisibilité, simplicité, durabilité, équité. Inclure une exception pour les pompes à chaleur contrevient à plusieurs règles : mesure discriminatoire, ajout d’un élément de complexité, et contraire à la transparence. »
Depuis 2006, les pouvoirs publics flamands ont reçu plus de 340.000 rapports PEB, une énorme base de données. Mais selon Kathleen De Kerpel (VEA) : « Il faut attendre deux ans à partir de la demande de permis, et toutes les pompes à chaleur ne sont pas enregistrées dans notre base de données. Par exemple, les pompes à chaleur dans l’industrie, le secteur agricole et divers bâtiments non-résidentiels. Si je regarde à partir de 2016, je vois que 9 sur 10 nouveaux bâtiments sont équipés d’une pompe à chaleur, boiler thermodynamique, panneaux PV, ou une combinaison de tout cela. En 2019, quelques adaptations seront apportées dans le calcul du PEB, par exemple, le nouveau module de calcul. »
Responsabilité partagée
En conclusion du Symposium : un panel de discussion entre cinq participants ayant chacun un background et des intérêts différents : Koenraad Belsack (Upgrade Estate), Marion Bakker (RVO), Lieve Helsen (KU Leuven/EnergyVille), Jan Kriekels (Jaga) et Didier Hendrickx (Gas.be), modérateur Wim Boydens (co-président WPP). Marion Bakker a exprimé un avis unanime. « Il faut faire la différence entre le citoyen et le consommateur. Le premier se préoccupe de l’environnement, le second de son porte-monnaie. » Il faut donc se tourner vers les pouvoirs publics, selon Lieve Helsen. « Les projets de recherche et les solutions technologiques sont disponibles, mais quid de la concrétisation sur le marché ? Mais ce n’est pas tout : nous pouvons apporter une contribution positive dans la région du monde où les défis sont énormes : l’Asie. »
Le dernier mot est pour Jan Kriekels. « Ma première pompe à chaleur, je l’ai construite moi-même en 1978. J’étais persuadé qu’il fallait se préparer à l’année mythique 2000, supposée débarrassée du mazout et diesel. Quelle marge entre le rêve et la réalité ! Bien entendu, si les pouvoirs publics prennent des mesures en faveur des pompes à chaleur, tant mieux ! Encore faut-il que le citoyen le souhaite. La responsabilité est partagée : quand je vois la lenteur du rythme actuel, il faudra une éternité avant que tout le bâti soit construit selon les principes du développement durable. »
Par Rudy Gunst






