CONGRÈS
Cool and Comfort 71 – novembre 2016
Moins de gaz à effet de serre dans la réfrigération
L’Europe s’engage pour la réduction des gaz à effet de serre dans la réfrigération. Les régions belges suivent cette évolution : la Flandre a organisé une journée d’étude à ce sujet. La règlementation et le plan d’action de la Flandre relatifs aux gaz à effet de serre étaient à l’ordre du jour. Les orateurs ont expliqué les aboutissants d’une limitation plus sévère des pertes par fuite et ont décrit plusieurs façons de réfrigérer de manière plus écologique. Ils ont brossé un tableau de l’évolution des marchés et des soutiens techniques et financiers accordés par la Communauté flamande tandis que plusieurs entreprises ont eu l’occasion de partager leurs expériences avec le public.
Ce sont les gaz à effet de serre, tels que quelques HFC à GWP élevé, qui sont à l’origine du changement climatique. Ces HFC, ou hydrofluorocarbures, encore appelés gaz F sont utilisés dans les techniques du froid. Le Service Climat du Département flamand LNE (Département Environnement, Nature et Énergie) a mis au point un plan d’action visant à réduire les émissions : « Le plan d’action de la Flandre pour la réduction des émissions de gaz F 2015-2020 ». Il comporte quelques initiatives favorisant la transition vers la réduction des fuites et la mise en œuvre de fluides frigorigènes alternatifs (CO2, NH3, propane,…). La journée d’étude qui s’est tenue le 7 juillet constitue une première initiative dans ce sens.
Politique
Arno Kaschl, gestionnaire à la Commission européenne, a explicité la règlementation européenne. Il a signalé que l’évolution du marché est telle qu’à court terme le prix des HFC de GWP supérieur à 2.500 augmentera fortement. En outre, les HFC seront de moins en moins disponibles. À plus long terme, les fluides frigorigènes de GWP compris entre 700 et 2.500 seront plus chers et moins disponibles.
Sven Claeys, collaborateur Climat à la Communauté flamande, a expliqué de quelle manière la politique des autorités flamandes relative aux gaz F s’insère dans la politique climatique globale et dans le Sommet Climatique de Flandre. Il fut également question de la règlementation flamande et du règlement UE 517/2014, qui préconise une sensible réduction de l’utilisation des HFC les plus nocifs.
Eddy Jonckheere de Vlaio (agence flamande pour l’innovation et l’entrepreneuriat) a exposé comment Vlaio fait la promotion de la réfrigération écologique. Une des options : les primes écologiques (EP+). Les autres possibilités sont l’augmentation de l’abattement pour investissement, la prime REG (après étude énergétique), les certificats CCF, les installations urbaines de chauffage et de refroidissement, le programme esco destiné aux PME, le portefeuille PME, les audits d’énergie et conseils à l’implémentation, l’axe de priorité FEDER 3 et la priorité FEDER Interreg.
La confession d’une inspectrice
Saartje Swinnen est inspectrice environnement à la Communauté flamande. Elle a brossé un tableau des manquements qu’elle et ses collègues constatent le plus souvent. Elle mentionne la perte relative par fuite, c.-à-d. le nombre de kilos de fluide frigorigène ajoutés en un an comparés à la capacité totale en fluide frigorigène. Les exploitants sont tenus de limiter cette perte à 5%. Hélas, un tiers des installations inspectées dépasse cette limite (chiffres de 2014). La cause n’en est pas l’ancienneté : 18% de ces installations ont tout au plus cinq ans. Autre manquement fréquent : absence ou peu de contrôles périodiques des fuites. On constate également souvent l’absence ou la non-tenue des cahiers de bord dans la règle de l’art.

Perte relative par fuite : Nombre d’installations avec perte relative par fuite >10%.
Transmettre les connaissances
Walter Reulens, collaborateur de projet à l’école supérieure UCLL, a donné des explications sur la banque de données en ligne relative aux installations frigorifiques, une plate-forme d’information focalisée sur la problématique des fluides frigorigènes. La banque de données fournit des réponses aux questions sur les possibilités des techniques du froid permettant de limiter les fuites. Elle comporte des informations sur les causes les plus fréquentes des fuites, et sur la manière de les éviter. Elle comporte également beaucoup d’informations sur les obligations légales concernant l’entretien des installations frigorifiques.
Association professionnelle
UBF-ACA prend également ses responsabilités en matière de réduction des gaz à effet de serre. Jurgen Buckinx, président de l’association professionnelle a présenté la « Letter of Conformity F-gas regulation » dans laquelle plusieurs commerçants belges déclarent se conformer à la règlementation européenne 517/2014.
Fournisseurs
Klara Skačanová, deputy manager market development chez Shecco, a présenté les tendances des fluides frigorigènes naturels. Dans le secteur de la distribution, on installe 25 à 35% plus d’installations transcritiques au CO2. Les hydrocarbures à bas GWP ont également le vent en poupe. Elle constate aussi qu’une approche plus holistique est adoptée dans les magasins avec intégration du refroidissement, du conditionnement de l’air et du chauffage. Pour ce qui est du refroidissement industriel, on observe une progression des installations frigorifiques au NH4/CO2, NH3 et au CO2 transcritique. La Chine, qui produit 85% des conditionnements d’air dans le monde, opte clairement pour le R290 (propane).


Installations transcritiques au CO2 dans les magasins européens 2007-2030.
Quatre spécialistes expérimentés
La journée d’études accueillait également quelques professionnels expérimentés tels que Wim Van Glabeke, chef de l’équipe technique du froid chez ENGIE Cofely. « Dans le cadre du choix d’un fluide frigorigène c’est un défi énorme de rester conforme à la règlementation tout en offrant un système performant », explique-t-il. « En réalité, il faut faire un compromis entre les objectifs économiques et les objectifs écologiques. Ce sont surtout les fluides frigorigènes de la classe A2L qui inondent une grande partie du marché. Le CO2 jouera un rôle important dans les supermarchés en tant que fluide frigorigène. Pour des puissances de refroidissement plus élevées, c’est toujours le NH3 qui est la solution la plus économique, si l’on tient compte de toutes les exigences légales. »
Bart Flamand est support manager chez ArcelorMittal Gand. Il a fait savoir que cette entreprise utilise aujourd’hui, à des fins résidentielles et industrielles, le R22, R134a, R407C, R410A et R417A. Le R22 est progressivement supprimé.
Ce qui frappe chez ArcelorMittal Gand est l’environnement sévère des installations frigorifiques. On observe fréquemment des pertes par fuites à cause de l’environnement agressif ; acides dans les bains de décapage, poussières dans la cokerie, température ambiante élevée… L’entreprise dispose de beaucoup de méthodes pour éviter les pertes. Lors de la construction et de l’entretien, le code de bonne pratique (EN378) est appliqué, et en outre l’entretien est effectué par des techniciens certifiés. Lors de la construction, ArcelorMittal Gand impose un grand nombre de spécifications. Il faut minimiser la vibration des canalisations en équipant les groupes frigorifiques d’atténuateurs et en fixant mieux les canalisations de fréon. Les frottements sont évités le plus possible, les raccords des canalisations sont soudés, la longueur des canalisations de fréon est limitée au minimum en installant des groupes compacts. Les condenseurs à air reçoivent un revêtement spécial ; l’inter-distance entre les ailettes doit être plus grande dans les condenseurs. Lors de la construction des groupes, l’entreprise veille également à la convivialité de l’entretien.
ArcelorMittal Gand limite aussi la capacité en fréon dans les nouvelles conceptions, de sorte qu’en cas de fuite il ne puisse s’échapper une grande quantité de fréon. Le choix des matériaux est également d’importance : leur fiabilité doit avoir été testée, et les nouveaux matériaux sont testés. Finalement, l’entreprise dispose d’inspecteurs propres, qui, au-delà des contrôles de fuites, mettent en place un plan d’entretien préventif.
Julien Meert a fait part de son expérience des supermarchés Colruyt, où le centre de distribution est refroidi au moyen d’ammoniaque. Le transport frigorifique vers les magasins se fait au moyen de chariots frigorifiques : ainsi il est possible de combiner plusieurs produits, ce qui limite le nombre de kilomètres de transport. La réfrigération des chariots se fait au moyen d’un mélange liquide d’eau et d’éthanol glacé, un mélange réutilisable. Les magasins eux-mêmes sont de plus en plus refroidis au moyen d’installations frigorifiques fonctionnant au propane-propylène. C’est une spécificité, car dans notre pays la plupart des chaînes de supermarchés utilisent le CO2.
Le dernier orateur fut Dirk Hermans, d’ENGIE Axima Refrigeration. « Il n’existe pas de fluide frigorigène donnant réponse à tout : il s’agit d’une recherche systématique continue de la meilleure alternative pour une application donnée. Le prix qu’en offre le commanditaire joue également un rôle en fonction de ses priorités, de sa philosophie. Ce qui signifie que nous, en tant qu’entreprise frigorifique, nous devons acquérir beaucoup de compétences pour pouvoir répondre à toutes ces questions », dit-il en conclusion.
Liens utiles
- Banque de données concernant les fuites de fluide frigorigène : www.kennisdatabankkoelinstallaties.be
- E-learning de fluides frigorigènes alternatifs : www.realalternatives.eu
- Guide 2014 ; Natural Refrigerants – Continued Growth & Innovation in Europe (Shecco) : http://bit.ly/29R2de7
- Mesures d’accompagnement en matière de réfrigération en Flandre : www.vlaio.be, www.ecologiepremie.be et www.subsidiedatabank.be
- Bulletin d’information du Vlaams Actieplan concernant les émissions de gaz F : http://bit.ly/29PScPR
Par Koen Vandepopuliere




