CONGRÈS  
Cool and Comfort 74 – septembre 2017

Decarb Heat – EHPA veut libérer l’Europe de l’énergie fossile

Les 11 et 12 mai 2017 a eu lieu à Bruxelles la conférence Decarb Heat, de l’EHPA. Le secteur de la pompe à chaleur s’impose de plus en plus comme un maillon indispensable pour réduire les émissions de CO2 en vue de respecter les objectifs climatiques européens. La décarbonisation de la chaleur, ou en d’autres termes cesser d’utiliser les combustibles fossiles, est possible en tirant de l’énergie de l’air, de l’eau et du sol, mais il reste encore quelques pierres d’achoppement. Les développements technologiques vont cependant bon train et les solutions paraissent accessibles.

Le congrès annuel de l’EHPA (European Heat Pump Association), avec ses 240 participants, n’a jamais connu autant de succès que cette année. Ce n’est en fait pas étonnant car l’approche choisie était toute nouvelle. Alors qu’auparavant, le congrès servait surtout à promouvoir les pompes à chaleur, on est parti cette année du problème ‘réduire les émissions de CO2, augmenter l’efficacité énergétique, utiliser les énergies renouvelables’, pour aboutir ensuite à la solution : les pompes à chaleur.

Collaboration

« Le secteur CVC porte une grande responsabilité dans la réalisation des objectifs environnementaux européens », déclare Thomas Novak, secrétaire général de l’EHPA. « Les combustibles fossiles doivent disparaître, qu’ils le veuillent ou non. Et pour ce faire, les pompes à chaleur constituent la seule alternative. En 2015, le marché de la pompe à chaleur a connu une croissance de 12,2%, un bon résultat surprenant à la lumière de la réalité économique. Cette croissance était due à une combinaison de facteurs : reprise de la construction, développements technologiques orientés vers la rénovation, et bien entendu la réglementation européenne qui joue en faveur des pompes à chaleur. Entre 2007 et 2016, il a été installé dans l’UE, 9,5 millions de pompes à chaleur, avec 2015 et 2016 comme étant les années les plus actives. Nous pourrons donc accueillir sans aucun doute cette année en Europe, la 10 millionième pompe à chaleur ! »

La clé à la décarbonisation est en passe de devenir la ‘coopération’. Celui qui pense pouvoir faire la différence sur le plan national en sera pour sa peine. Même l’UE est encore trop petite, car nous avons également besoin des autres continents pour développer des solutions. Un second aspect est représenté par la collaboration transsectorielle. Tout comme l’installation CVC complète est plus importante que chacun des composants pris séparément, cette installation doit encore trouver sa place dans le bâtiment, avec les autres lots techniques. Harry Verlaar, de Philips Lighting, nous a illustré de façon remarquable, durant le congrès Decarb Heat, cette collaboration transsectorielle. « Le secteur de l’éclairage aussi doit devenir plus durable, avec une attention particulière à l’écologie et l’économie. Notre défi est de faire en sorte que le client opte lui-même pour la durabilité. Avec The Climate Group nous voulons joindre nos efforts pour que d’ici 2020 les bâtiments publics soient équipés à 100% de leds. »

Dramatique mais pas désespéré

« Cette initiative d’EHPA est fortement appréciée par la Commission européenne », déclare Mechthild Wörsdörfer, d’EEEF. « Nous devons coopérer pour atteindre les objectifs climatiques, car le chemin est encore long. DG Energy a cartographié le marché européen du chauffage et de la climatisation. La situation a l’air dramatique mais n’est pas désespérée. Pour chaque problème il existe déjà une solution ou elle est en passe de l’être. La même chose se produit dans les autres secteurs concernés tels que le transport et les entreprises du secteur de l’énergie. Ceci est important, car plus vous pouvez impliquer l’industrie et plus il a de chances d’arriver à des solutions viables. »

Mais comment l’industrie voit-elle ces défis ? « Nous sommes conscients qu’il s’agit d’une tâche immense d’amener à décarboniser le marché du chauffage et de la climatisation de l’UE d’ici 2050, mais cela ne nous fait pas peur », assure Ulrich Stiebel, de Stiebel Eltron. « Au contraire, cela nous pousse à nous engager davantage dans la R&D. »

Ce n’est qu’une question d’argent

Il y avait cependant aussi quelques mises en garde. Christian Hille, de P3 Energy, indiquait un problème pour lequel le secteur de la pompe à chaleur ne doit pas se voiler la face. « J’entends dire, avec plaisir, qu’il faut rendre plus durable notre consommation d’énergie, en remplaçant les combustibles fossiles par le tout électrique, mais n’oublions pas que le secteur CVC ne sera pas le seul à demander plus d’électricité. En 2030 nous brancherons peut-être tous ensemble notre voiture sur une prise. Le réseau existant n’en sera pas capable. Qui supportera les investissements indispensables ? Le gestionnaire de réseau, le consommateur, le fabricant d’appareils électriques ? »

Dolf Gielen (IRENA) pense aussi à l’argent. « Laisser faire le marché n’est plus une solution. La consommation d’énergie tout comme les émissions de CO2 doivent baisser. L’UE peut réduire de 90% ses émissions de CO2, mais tout a un coût. Il faudra des efforts de la part des autorités, de l’industrie, et des consommateurs. Pour ces derniers nous ne pouvons pas ignorer le coût d’une pompe à chaleur, qui en comparaison d’autres systèmes de chauffage reste toujours élevé. Tout le monde ne pense pas au coût global sur la durée de vie. » Ou bien l’argent pourrait-il venir d’ailleurs ? Sean O’Driscoll (Glen Dimplex) entrevoit des possibilités. « Nous devons faire face à des prix d’électricité historiquement élevés. Les autorités doivent absolument y remédier. Dans mon pays, l’Irlande, l’énergie éolienne a le vent en poupe, mais si les coûts de production élevés conduisent à une augmentation des prix de l’électricité, vous perdez l’appui de la population pour la durabilisation. »

Le dernier mot revient à la politique. Le Luxembourgeois Claude Turmes est Membre du Parlement européen, dans le groupe des Verts/Alliance libre européenne. « Nous devons viser résolument des habitations sans énergie fossile d’ici 2050. Le vrai défi n’est pas la construction neuve, mais bien la rénovation des logements dans lesquels nous vivons aujourd’hui, car d’ici 2050, 80% d’entre eux seront toujours en service. Je demande à l’industrie de ne pas faire de battage publicitaire en présentant les pompes à chaleur comme la solution à tous les problèmes d’énergie. Je ne veux pas en minimiser les avantages, mais la pompe à chaleur n’est qu’une partie de la solution. Dans une maison non-isolée, une pompe à chaleur n’obtient aucun rendement. Mais alors nous sommes confrontés à un autre problème : comment rénover en profondeur un logement si les habitants y restent ? Il faut tout d’abord que le secteur de la construction réduise la demande d’énergie ; ensuite cette dernière devra être durablement satisfaite. »

Par Rudy Gunst

www.decarbheat.eu

« Fin 2017 il y aura plus de 10 millions de pompes à chaleur installées dans l’Union européenne. »

Thomas Novak (EHPA)

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Heat Pump City of the Year Award

Durant le congrès EHPA est décerné chaque année le ’Heat Pump City of the Year Award’ (Prix de la ‘Ville aux pompes à chaleur’ de l’année). Parmi les 20 projets présentés, un jury professionnel avait retenu tout d’abord trois nominations, et le prix est allé finalement à Vienne avec son plan stratégique de promotion des pompes à chaleur. Les autres nominés étaient le projet Decarb Garden City de Berlin, et le projet Moholt 50/50 de Trondheim.